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Leïla Slimani, écrivaine franco-marocaine, prix Goncourt 2016 pour Chanson douce présentant son livre en chine parce qu’il vient d’être traduit en mandarin, a découvert une culture, une société si différente qu’elle a rédigée un article des Inrocks, paraissant dans le N° 1164 de cette semaine.

Quelques extraits

Leïla Slimani a rendez-vous dans un hôtel moderne du quartier résidentiel de Sanlitun pour une discussion publique avec une célébrité locale : Hung Huang. Sa mère Zhang Hanzhi a enseigné l’anglais à Mao avant de devenir sa traductrice préférée.

Sa fille est connue pour ses prises de position en faveur du droit des femmes. Toute de noir vêtue à l’exception de ses chaussettes orange, Hung Huang interroge la romancière franco-marocaine sur la scène d’ouverture de Chanson douce, qui voit mourir deux jeunes enfants sous les coups de couteau de leur nourrice.

“La peur de perdre ses enfants provoque beaucoup d’inquiétudes chez nous, explique-t-elle. On la ressent toutes. Le rôle de la nourrice questionne la difficile place entre la maternité et le travail dans nos vies.” Dans une société chinoise où le modèle de l’enfant unique prévaut, le dernier-né est l’objet de toutes les attentions. Parents et grands-parents investissent toutes leurs économies pour s’assurer de la réussite de celui qu’ils surnomment affectueusement “petit empereur” (“Xiao huángdì”).

“Comment trouver le bon équilibre entre vie familiale et vie professionnelle ?”, questionne Hung Huang en se tournant vers la romancière. “Quand je voyage, on me fait bien sentir que je ne joue pas mon rôle dans la cellule familiale, confie Leïla Slimani, mère de deux enfants. Je crois qu’il faut accepter de ne pas être parfaite mais aussi de renverser les rôles définis par la société patriarcale. Quand j’ai reçu le prix Goncourt, mon mari a arrêté de travailler. Et pendant que je suis avec vous, il s’occupe de mes enfants.”

Avant d’ajouter d’une voix lente : “On a longtemps considéré la maternité comme quelque chose de merveilleux. Je pense que c’est faux. La maternité est beaucoup plus complexe. Dans mon roman, Myriam (la mère – ndlr) fait appel à une nounou car elle veut se créer un monde adulte, un monde à elle.”

Auréolée de son Goncourt et de son statut de femme libre, Leïla Slimani est scrutée avec admiration par la petite assemblée qui lui fait face. Après avoir pris le micro, une jeune Chinoise se présente d’une voix fluette. Elle a 32 ans et elle est devenue ingénieure après des études entre Paris et Genève. “Bienvenue à Pékin madame Slimani, je voudrais savoir quel est le but de la vie ? Avoir des enfant ou un bon poste ?”

Surprise par cette question existentielle, la romancière esquisse un sourire : “Je vous répondrai que le but de la vie, c’est d’être libre. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont élevée avec comme seule valeur celle de l’émancipation, et qui me disaient toujours qu’il n’y a pas d’injonction. Le but de la vie, c’est de s’inventer soi-même. Il faut se méfier de tous ceux qui vous expliquent ce qu’est le bonheur. Il faut que vous fassiez ce qui va vous rendre heureuse.”

[…]


Propos recueillis par David Doucet – Les Inrocks – Titre original : « Reportage dans le sillage du combat féministe de Leïla Slimani en Chine » Source (Extrait)