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  • La Croix : Comment analysez-vous la grogne des retraités face à Emmanuel Macron?

Jean-Yves Ruaux : Il ne faut pas qu’Emmanuel Macron donne aux aînés le sentiment qu’ils ne sont plus bons à rien, alors qu’ils ont constitué une part non négligeable de son électorat. Par ailleurs, il a beaucoup de mal à se détacher de son étiquette de président des riches. Avec la hausse de la CSG, on demande des sacrifices à des gens qui ont des revenus modestes.

Le montant moyen des retraites n’est quand même pas très élevé. II tourne autour de 1 300 € brut. Quand on est juste un petit peu au-dessus, on prend de plein fouet l’augmentation du taux de CSG, qui a très vite des incidences sur son niveau de vie. L’effort demandé à un couple peut représenter jusqu’à 600 € par an, soit une cinquantaine d’euros par mois. […]

Le problème, surtout, c’est de faire penser que des personnes avec ce niveau-là de revenus peuvent être des privilégiés.

  • Ce discours sur les « privilèges » des retraités est-il nouveau ?

J.-Y. R. : Non, cela fait quand même une vingtaine d’années que l’on met en avant le fait que leur revenu est supérieur, à celui des actifs. Dans les faits, ce revenu est en train de s’éroder et il y a déjà eu des coups de canifs. […]

On parle des retraites de base avec Macron, mais il y a aussi les retraites complémentaires dont les pensions vont diminuer aussi, mécaniquement, du fait de la démographie. Il faut aussi prendre en considération la question de la grande vieillesse et la dépendance, qui va se poser avec encore plus d’acuité d’ici une dizaine d‘années.

[…] Même si les jeunes retraités peuvent vivre aujourd’hui de manière à peu près décemment avec des revenus modestes, parce qu’ils sont en général propriétaires de leur logement, ils auront besoin de davantage de services quand ils vont arriver dans de grands âges. […]

Il ne faut pas non plus négliger le fait que les retraités sont redistributifs à l’égard de leurs enfants et petits-enfants. Si cette source se tarit avec la diminution de leurs revenus, c’est l’économie vive qui, elle-même, va s’en trouver atteinte.


La Croix « Jean-Yves Ruaux « Les retraités ne sont pas au bout de leurs sacrifices » » – Source (Extrait)