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Entamant un désengagement d’entreprises publiques considérées comme stratégiques, l’état s’apprête à dilapider [plusieurs joyaux. […] des secteurs pourtant éminemment stratégiques en termes de transport, d’aménagement du territoire, de politique énergétique et de santé publique.

[De tels joyaux ayant une rentabilité sont] de nature à aiguiser les appétits des grands groupes privés au vu de leurs performances lucratives. […]

ADP, un juteux actif valorisé à 8 milliards d’euros

Pourtant, au cœur d’enjeux régaliens, les aéroports de Paris (Roissy-Charles-de-Gaulle, Orly et Le Bourget) semblent en passe de connaître le même destin que celui des aéroports de Lyon, Toulouse et Nice, privatisés à partir de 2014. Avec un trafic en hausse de 4,5 % entre 2016 et 2017, un chiffre d’affaires en augmentation de 22 % sur la même période et un résultat net de 571 millions d’euros en 2017, ADP fait pourtant figure de joyau de la couronne au milieu des bijoux de famille de l’État. Un juteux actif valorisé à 8 milliards d’euros sur lequel lorgnent évidemment de grands groupes privés, au premier rang desquels Vinci – déjà actionnaire à hauteur de 8 % d’ADP et détenteur de 35 aéroports dans le monde, dont 12 en France.

[Vinci déjà] grand gagnant de la précédente braderie des autoroutes françaises, en 2006. « Cette situation de quasi-monopole donnerait à Vinci la possibilité de dicter à l’État ses choix en matière de transport aérien, sans que celui-ci ne puisse plus réguler », « La question de l’investissement pour développer les infrastructures aéronautiques est centrale en termes de politique de transport et d’aménagement du territoire ». « Or, quand on voit que les actionnaires privés de l’aéroport de Toulouse, Casil, ont choisi de capter la trésorerie destinée à l’investissement pour la reverser en dividendes, on voit que la privatisation se fait au détriment du développement », pointe un analyste, spécialiste de la finance publique.

Une tendance à la rentabilisation immédiate qui se fait également […] au détriment des passagers. « Les redevances des aéroports de Londres, privatisés, font partie des plus chères d’Europe », insiste-t-il. Mais les enjeux sont également géostratégiques. « Roissy-Charles-de-Gaulle est la première frontière de France. En dehors de Londres et de New York, tous les États conservent une maîtrise publique de leurs aéroports de cette dimension », souligne Daniel Bertone.

« L’an dernier, Engie a déjà failli tout planter… »

Également envisagée, la cession de parts du groupe gazier Engie marquerait une nouvelle étape dans le désengagement de l’État de sa politique énergétique. En septembre 2017, le gouvernement avait déjà annoncé la cession de 4,1 % de ses parts chez Engie, faisant tomber sa participation au capital du groupe à 24,10 %. Mais, en vertu de la loi Florange, l’État actionnaire continuait jusqu’à présent de détenir 33,3 % des droits de vote, conformément à ses engagements pris lors de la fusion GDF-Suez en 2006.

« On s’attend désormais à ce que le gouvernement fasse sauter cette limite du tiers de la participation, ainsi que l’obligation de détention publique des infrastructures gazières  », « Pourtant, le gaz – par exemple, le bio méthane ou la production d’hydrogène – représente un enjeu en termes de transition énergétique », expose un stratège en géopolitique

Mais le dossier le plus abouti semble être la cession de la Française des Jeux. […] L’ancien secrétaire d’État au budget de François Hollande, Christian Eckert, en dit : « La FDJ est une machine à cash formidable », citant non seulement les « 100 à 150 millions d’euros de dividendes qu’elle offre à l’État chaque année, mais surtout les 3 à 4 milliards d’euros que rapportent chaque année les prélèvements sur la mise des joueurs ».

L’intérêt pour les citoyens étant que l’État reverse une part substantielle de ces mises au Centre national pour le développement du sport (230 millions d’euros en 2016).


Loan Nguyen – source