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Depuis que Macron a fait annoncer, lundi [26 février 2018], par Philippe, son chef de gare de Matignon, son intention d’ « aller vite » pour réformer la SNCF, ça grince dans les aiguillages. […]

 

Dès l’été de son arrivée, Macron avait annoncé la couleur en s’adressant à ces derniers dans la revue interne de la compagnie : « Votre défi sera de ne pas rester sur la protection du passé. » Il n’a pas tardé à le leur rappeler au présent en lançant à fond de train sa réforme de l’entreprise publique à haute teneur symbolique. Une réforme qui a fait dérailler plus d’un de ceux qui s’y sont essayés. Juppé, ancien maître à penser d’Édouard Philippe, en sait quelque chose, lui qui, en 1995, a failli passer sous le train.

La situation a, certes, changé depuis, mais les moyens de pression des syndicats maison sont toujours là. Macron et Philippe ont beau considérer que ces menaces de longue grève et, à terme, de paralysie du pays relèvent elles aussi des méthodes de l’« ancien monde », elles peuvent encore faire des dégâts. […]

Le roulement de mécaniques fait, ici plus qu’ailleurs, partie du jeu, et le gouvernement n’est pas en reste en faisant mine de n’être pas le moins du monde impressionné.

Macron fait répéter que sa réforme sera menée « à la vitesse TGV ». Et, pour ce faire, fort de sondages montrant que le pays, s’il est attaché à ses trains, l’est beaucoup moins au statut des cheminots, il joue sans hésitation l’opinion contre les syndicats. Il envoie le Premier ministre déverser par wagons la dette de 50 milliards, les retards à répétition, les tarifs trop élevés pour un service qui ne cesse de se dégrader. […]

Même si le Premier ministre répète qu’il ne se situe pas dans « une logique de bras de fer », l’épreuve de force est engagée.

Inflexible sur le statut, mais plus conciliant sur les petites lignes. Et pour plusieurs raisons. D’abord, parce que Macron sait que les lignes en question, même quand elles sont lentes et peu empruntées, restent chères au cœur des élus et des usagers des zones rurales, qui se sentent de plus en plus maltraités. Ensuite, parce qu’il espère qu’à terme il reviendra aux régions d’assurer le coût de ces liaisons si elles veulent les conserver.

Et, comme l’opposition, ou ce qu’il en reste, n’est pas pour l’heure en état de lui mettre des bâtons dans les roues ou des cailloux sur la voie et que l’union syndicale n’est pas encore assurée, il est persuadé que, comme dans « Le train sifflera trois fois », c’est toujours le shérif qui finit par gagner.

Erik Emptaz – Le Canard enchaîné – Mercredi 28 Fev 2018