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Marc Lazar, directeur du centre d’histoire de Sciences Po, la montée de l’extrême droite et surtout de l’inclassable Mouvement 5 étoiles est un événement historique.

L’instabilité politique règne en Italie, deux jours après les élections législatives du dimanche 4 mars [2018]. Au terme de ce scrutin, aucune majorité claire ne s’est dégagée et des partis anti-européens ont rencontré un fort succès, aux dépens des partis traditionnels.

  • Les élections [Italiennes] font apparaître un paysage politique très morcelé, l’Italie est-elle ingouvernable ?

Marc Lazar : En 2013, aux précédentes élections politiques, il y avait déjà eu une situation extrêmement difficile. […] Ce qui semble ressortir, c’est que personne ne peut avoir la majorité absolue dans les deux Chambres. Pas le Parti démocrate, qui a connu une grosse défaite ; pas le M5S, premier parti néanmoins ; ni même la coalition de centre droit, qui comporte Forza Italia, La Ligue, les Frères d’Italie et un petit groupement de centristes. Le 23 mars, les deux Chambres désigneront leurs présidents. Le président de la République essayera ensuite de trouver une personne qui puisse former un gouvernement. Il peut choisir le premier parti, le M5S, ou la coalition de centre droit, qui a obtenu le plus de suffrages. […]

  • En quoi le taux de chômage élevé du pays a-t-il pu influer sur le vote ?

Le chômage a commencé à baisser en Italie, mais il reste fort. La reprise de la croissance n’a pas marqué les Italiens, qui ont surtout vu le maintien d’un chômage élevé, et des inégalités qui se sont beaucoup creusées. […]

  • Comment expliquer le succès du M5S ?

[…] C’est un parti un peu attrape-tout. Dans la cartographie de ce qu’on appelle parfois les « populismes européens », le M5S est inclassable. Il ne ressemble ni au Front national français, ni au UKIP, ni à Podemos, ni à La France insoumise, etc.

  • En quoi peut-on le qualifier de « populiste » ?

Il s’agit d’une formation au départ antisystème, qui oppose le peuple uni à une « caste dirigeante », l’idée qu’il n’y a pas de questions complexes mais que des solutions simples, la détestation de l’ensemble des classes dirigeantes, etc.

  • Si le M5S arrive à trouver un accord et à former un gouvernement, peut-il survivre à l’exercice du pouvoir ?

La grande nouveauté du M5S, cette fois-ci à la différence de 2013, tient à trois éléments : Beppe Grillo n’est plus le chef, c’est Luigi Di Maio, 31 ans ; il n’a pas arrêté d’expliquer que le M5S était un mouvement crédible qui était légitime à gouverner ; et il a expliqué qu’il était prêt à faire des alliances, alors qu’en 2013 le M5S rejetait l’ensemble des partis politiques. Jusqu’où il ira dans les éventuelles possibilités d’alliances, c’est la grande question.

  • Et Forza Italia, Silvio Berlusconi peut-il revenir ? Est-il définitivement battu ?

Ces élections, c’est la sortie de Berlusconi. Il a perdu, il n’est plus dominant dans son camp. Il a connu des défaites, mais avec son parti à 14 %, c’est un échec colossal. Je ne vois pas comment il peut rebondir, à la fois pour des raisons d’âge et après une défaite pareille. […]

  • Vous parlez de ressentiment italien envers l’Europe, comment l’expliquer ?

C’est un des grands changements historiques de ce pays, qui était l’un des plus europhiles, devenu euromorose et eurosceptique.

  • Cette transformation a commencé dans les années 1990, à partir du moment où les critères de Maastricht ont été imposés, et avec eux une politique de rigueur très forte dans un pays qui vivait sur le développement de la dette publique.
  • Il y a un deuxième décrochage, à partir de 2007-2008 et de la crise économique et financière, et des politiques, cette fois-ci ouvertes, de rigueur et d’austérité, qui ont entraîné quatre années de récession.
  • Enfin, il y a la question des migrants, à partir de 2013. La masse de migrants qui arrive sur les côtes italiennes et ce sentiment des Italiens d’avoir été abandonnés par les pays voisins, à commencer par la France, et globalement par l’Union européenne. […]

 


Propos recueillis par Florian Reynaud  – « Le Monde » – Titre original : « Marc Lazar « L’un des pays les plus europhiles est devenu euromorose et eurosceptique » – Source (Extrait)