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Muriel Pénicaud a détaillé le menu de sa réforme de la formation professionnelle. [Elle a purement et simplement retoquée les discussions antérieurs entre Patronat et syndicats jugeant insuffisant l’accord passé qui selon elle ne remettait pas complétement en cause la gouvernance et les règles de fonctionnement du système].

1 la monétisation du compte personnel de formation

« Les salariés vont pouvoir eux-mêmes payer leur formation avec leur compte personnel de formation (CPF), sans passer par des intermédiaires », a lancé la ministre du Travail. Le compte ne sera plus abondé en heures, mais en euros : 500 par an, et plafonné à 5.000. À en croire la ministre, ce serait une mesure d’égalité, les heures de formation des cadres étant plus chères que celles des ouvriers, cela rééquilibrerait les choses… D’autant que les moins qualifiés devraient toucher 800 euros par an.

Sauf que la réforme se fait à moyens constants, malgré les promesses d’investissement massif dans ce domaine. « C’est la porte ouverte à ce qu’on demande aux gens de financer en partie leur formation, ce serait une source d’inégalités fortes », s’alarme Catherine Perret […] L’idée d’un chèque de formation avait déjà été rejetée par les huit organisations syndicales et patronales.

2 Des compétences plutôt que des qualifications

« La formation professionnelle doit proposer des compétences qui répondent aux besoins du marché », assure Muriel Pénicaud, d’autant que, du fait des évolutions liées au numérique, « il y a une obsolescence rapide [régression du savoir face à l’évolution technologique] de ces compétences, de trois à cinq ans ».

Foin des certifications, des qualifications et des diplômes, qui permettaient au salarié d’évoluer dans sa carrière, celui-ci doit se concentrer sur son employabilité. […]

3 L’état confisque la gouvernance

Les trois organes de gouvernance de la formation professionnelle seront fusionnés en une entité unique baptisée France compétences. Cette agence aura trois collèges : un pour le patronat et les syndicats, un pour les régions (pour l’apprentissage et la formation des jeunes et des demandeurs d’emploi) et un autre pour l’État. Ce sont les Urssaf qui collecteront désormais l’argent de la formation, à la place des Organismes Paritaires Collecteurs Agréés (Opca), qui étaient gérés en commun par les syndicats et le patronat. Une décision qui, pour le coup, fait l’unanimité contre elle, du Medef aux organisations syndicales : personne n’accepte de céder sur la gestion paritaire.

L’Association des régions de France se dit quant à elle « extrêmement vigilante » concernant la création de la nouvelle agence.

4 Vers l’uberisation de la formation professionnelle

Ce projet de loi reflète aussi « l’État start-up » qu’on nous vend depuis un an. Ainsi, une application mobile permettra à chacun de payer lui-même sa formation. L’un des arguments pour imposer un CPF en euros est l’impossibilité de se former en ligne avec un compte en heures. […]

Ce projet sera présenté en Conseil des ministres fin avril, avec l’accord sur l’assurance-chômage, sous le nom de « loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel ».


Pierric Marissal – Titre original « La formation professionnelle mise au service du marché » – Source (Extrait)