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La droite est, dans l’histoire, le parti des possédants c’est-à-dire ceux qu’on appelle aujourd’hui les gagnants. A l’exception peut-être de l’époque du maréchal Pétain, lui aussi se voulait un réconfort pour ceux qui savent que « la terre ne ment pas ».

Mais la comparaison n’est pas très flatteuse pour un homme politique français et surtout pas pour le président d’un parti lointain héritier du général de Gaulle…

La « vraie droite » de Laurent Wauquiez est-elle donc celle des régions à fort chômage ? Des perdants de la mondialisation, de l’Europe libérale et du charivari technologique ? L’étrangeté de ce positionnement amène à une question redoutable pour le futur candidat à la conduite du pays : comment faire gagner un pays en étant le parti des perdants ?

«Bullshit » envers les électeurs Il y a deux réponses possibles, aucune n’est satisfaisante.

  1. Ou bien M. Wauquiez est capable d’inventer une divine politique qui favorise la province sans nuire aux métropoles, qui maintienne le diesel en soignant l’environnement, qui accroisse les emplois aidés (subventionnés) tout en abaissant les dépenses publiques, qui réalise le miraculeux mariage de la dépense et de la rigueur, du perdant et du gagnant.
  2. Ou bien il raconte du « bullshit » aux électeurs et, sitôt élu, il reviendra illico aux fondamentaux de droite et mènera, exactement comme le fait Donald Trump, une politique favorable aux (très) riches.

Fausse dichotomie

Etrange aussi parce que cette dichotomie de la France des métropoles et des territoires oubliés s’appuie sur un constat politique faux. Elle a séduit un moment dans la classe politique (dont Nicolas Sarkozy) à la suite du livre du géographe Christophe Guilluy qui attribuait le vote Front national à cette France périphérique abandonnée.

Mais, depuis, beaucoup d’auteurs ont contesté cette vision trop simpliste. D’abord le nombre. La France périphérique représenterait 60 % de la population, selon Christophe Guilluy, de quoi gagner une solide majorité électorale. Mais 25 % seulement selon les autres dont Laurent Davezies. La différence est grande.

Ensuite parce que les régions « abandonnées » le sont quand on regarde la production, elles ont perdu leurs usines, mais pas quand on regarde les revenus : beaucoup bénéficient de transferts, soit publics, soit privés, notamment grâce aux retraités qui s’y installent. C’est le cas d’une façon générale pour les régions du Sud et de l’Ouest.

Conséquence : « La lecture géographique du vote fonctionne mal », résume le think tank Terra Nova. « Les fractures économiques et sociales qu’elle est censée organiser dans l’espace traversent en réalité la plupart des territoires, métropolitains ou non […] l’électorat de Marine Le Pen est étendu dans les périphéries mais il est beaucoup plus urbain qu’on ne l’a dit. »

En clair, la tentative de Laurent Wauquiez, de récupérer le vote FN en se drapant dans la défense de ces territoires perdus, est une stratégie mal construite.


Eric Le Boucher, Les Echos – titre original: « Le monde à l’envers de Laurent Wauquiez » – Source (Extrait)