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C’est Dany Boon (Hamidou) qui fait cette confidence, une interview d’un artiste qui ne se prend pas le chou !

Dany Boon. Je puise mes histoires dans le contraste entre ma vie de gosse, dans une famille très modeste, et ma réussite. J’ai toujours assumé ma famille, mon enfance et ma mixité. Mon père était kabyle. « Bienvenue chez les Ch’tis » était une manière de dire merci à la région pour l’accueil et la fraternité dont mon père a bénéficié en y arrivant de Kabylie. » […]

  • [Votre origine conditionne-t-elle] la « honte » ressenti en classe…

D.B. Quand j’étais gosse, j’ai eu honte [en classe] parce qu’on se moquait de moi. Mes grands-parents ont retiré ma mère de l’école à 14 ans pour qu’elle travaille dans leur station-service. […] Mes parents ont eu trois enfants. Ils ont acheté une petite maison de coron qu’ils ont mis leur vie à payer. Ils galéraient. Ma mère s’est formée à la dactylo par correspondance, mais elle n’a pas trouvé de boulot. Du coup, elle est devenue femme de ménage.

À l’école, ça allait encore de dire que mon père était chauffeur routier, mais on se moquait de moi avec une mère femme de ménage. Les enfants sont très cruels. […] J’avais aussi un très fort accent ch’ti. À l’époque, c’était les prolos qui parlaient comme « cho ».

Après, j’ai fait du dessin, et je suis sorti avec la fille de mon prof qui était aussi artiste. Je me suis retrouvé dans des dîners très intellos, où ils parlaient d’art et disaient : « Les enfants de prolos réussissent moins bien que les autres parce qu’ils sont moins éveillés à la culture. » J’ai grandi à une époque où [la culture était accessible. On y avait accès gratuitement]. J’étais inscrit à une bibliothèque, j’allais faire de la natation et du foot aux Sports ouvriers armentiérois. La musique était aussi gratuite. La mairie prenait en charge ces frais pour les enfants d’ouvriers.

Quand j’ai commencé à avoir du succès et à gagner de l’argent, la honte était dans l’autre sens. J’avais du mal à accepter de gagner plus que mes parents.

  • Et maintenant, ça va mieux ?

D.B. Depuis que je n’ai plus de soucis matériels, je peux me consacrer totalement à mon art. J’ai toujours été ravi de payer des impôts. Et où que je sois, j’ai toujours payé 50 % d’impôts. « Les Ch’tis » ont rapporté beaucoup d’argent. Mon expert-comptable m’a dit : « Il faut monter une société au Luxembourg ou ailleurs pour éviter de payer des impôts. » J’ai changé d’expert-comptable. […]

  • Vous vous moquez de l’art contemporain de manière caricaturale…

D.B. Dans la comédie, on pousse la caricature pour faire rire. La frontière est entre le partage de son savoir et l’étalement de sa science. On devient snob à ce moment-là. On a toujours l’air plus intelligent de ne pas aimer une oeuvre que d’en dire du bien, idem pour un artiste ou un spectacle.

  • Que vous inspirent les critiques ?

D.B. […] J’ai démarré ce métier avec deux fondamentaux. Il fallait que je fasse rire ma mère, qui n’allait pas bien. Je voulais aussi essayer de comprendre pourquoi mes grands-parents ne voulaient pas me voir, pourquoi une partie de ma famille nous rejetait de manière assez dure et violente. Quand on fait rire quelqu’un qui ne nous aime pas, on le rend inoffensif et on le fait nous aimer. […]

Au départ, les mauvaises critiques étaient douloureuses. […] Au début de ma carrière, ça m’aurait brisé. Aujourd’hui, je n’ai pas envie d’être aimé de tous.

  • Comment vivez-vous votre célébrité ?

D.B. Très bien. Je réussis même à faire rire les Parisiens. J’ai toujours conscience que j’ai ce succès grâce au public et aux gens. Je me dois donc d’être disponible. […]

D.B. La notoriété est un truc éphémère et abstrait.  […]


Michaël Mélinard – Source