Mots-clés

, ,

Dominique Andolfatto, professeur de science politique à l’université de Bourgogne, décrypte les vives réactions syndicales suite à l’annonce par l’exécutif d’une réforme du cadre statutaire des agents publics. […]

  • Sept organisations syndicales du secteur public […] viennent d’appeler à une mobilisation pour le 22 mars prochain, suite à l’annonce, le 1erfévrier, d’une révision du cadre statutaire des agents publics. Comprenez-vous leur réaction et comment l’expliquez-vous ?

Votre question permet déjà d’imaginer toute la difficulté du dialogue social dans notre pays : 9 organisations syndicales dans la fonction publique, sans compter de nombreuses associations liées à certains corps de fonctionnaires avec lesquelles existent aussi des discussions informelles. Dès lors, il n’est guère aisé de faire évoluer quoi que ce soit dans un tel paysage bigarré et, plus encore, dans un contexte de rigueur budgétaire. Tout changement est considéré avec suspicion. […]

  • La réforme du cadre statutaire de la fonction publique paraît donc compliquée à mettre en œuvre…

Une réforme à froid, en tous les cas, de la fonction publique, semble impossible en France. Une sorte de culte de la réglementation, le monde clos de la haute fonction publique, l’absence de culture R H (Ressources Humaines-), un syndicalisme éclaté […], constituent quelques-uns des ingrédients de cette situation. En outre, l’approche des élections professionnelles, prévues fin 2018, ne peut que pousser les syndicats à la surenchère.

Dans ce contexte compliqué, il paraît difficile de trouver une bonne méthode pour réformer. Le gouvernement a fait le choix du volontarisme. Il aurait pu s’y prendre autrement. […]

  • Ces réactions sont-elles légitimes, selon vous ? Les syndicats de fonctionnaires ont-ils raison d’avoir le sentiment d’un manque de considération de la part du gouvernement (notamment en matière de pouvoir d’achat vis-à-vis du secteur privé) ?

Les fonctionnaires […] peuvent avoir effectivement le sentiment d’un manque de considération de la part du pouvoir et, plus souvent encore, d’un manque de reconnaissance pour le travail accompli. Et cela provient déjà des environnements de travail, notamment dans les administrations d’État, souvent problématiques. […]

  • Le secteur de la fonction publique est-il réellement une “bombe à retardement” ?

C’est en tout cas un dossier très délicat pour l’administration Macron. Parce qu’on a laissé filer les choses. Ainsi, on s’est borné à y copier en 2008-2010 les modalités de dialogue social introduites dans le secteur privé sans véritablement rendre possible ce dernier, en raison d’un statut de la fonction publique qu’il est toujours délicat et lourd de faire bouger. Parce que le gouvernement, après quelques hésitations, paraît décidé à aller vite. Parce qu’on ne voit pas encore nettement quelle administration du XXIe siècle il entend inventer. Est-ce une “bombe à retardement” ? Il est toujours très difficile de faire de la météo sociale. Personne n’avait prévu Mai 68. Une épreuve de force semble toutefois s’annoncer. […]

  • Pourquoi donc un tel climat de méfiance ?

[…] … le pouvoir a fait preuve de maladresses. Il a fait montre d’un manque d’empathie avec les fonctionnaires, semblant implicitement les considérer comme des nantis ou comme peu flexibles, tout en hésitant sur sa politique, avant de donner un coup d’accélérateur, qui a pu paraître brutal.

  • Lors du comité interministériel de la transformation publique, le 1er février, le gouvernement a annoncé son intention de simplifier et de réduire le nombre des instances de dialogue social de la fonction publique, sur le modèle de la récente loi “Travail”. Le tout afin, notamment, d’accélérer les discussions en leur cadre. Les syndicats de fonctionnaires sont-ils ainsi des freins ou des moteurs de l’évolution statutaire des agents publics ?

En 2008-2010, l’importante réforme sur le dialogue social dans la fonction publique [les accords de Bercy du 2 juin 2008 puis la loi du 5 juillet 2010 relative à la rénovation du dialogue social, ndlr] a déjà copié des changements intervenus dans le privé. Mais compte tenu du statut, on ne peut véritablement négocier dans la fonction publique car cela impliquerait de modifier le statut après chaque négociation. On s’en tient donc à des sortes de gentlemen’s agreements qui n’ont guère de force et permettent au mieux au gouvernement d’afficher une certaine bonne volonté dans le domaine des relations sociales. Mais cela n’a guère de conséquences au fond. […] Elle renvoie aussi aux conditions de travail. On craint que la réforme n’aggrave la situation. […]


Interview, non signé de Dominique Andolfatto – pour Acteurs publics – Titre original : « “Il paraît difficile de trouver une bonne méthode pour réformer la fonction publique » Source (Extrait)