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On peut s’étonner de l’extraordinaire postérité de la Commune, de sa présence dans des cultures révolutionnaires différentes, même conflictuelles, surtout au regard de sa limitation dans le temps […]

La Commune fut un « Melting pot » : elle était antimilitariste et patriotique à la fois ; les héritiers des traditions révolutionnaires françaises, mais aussi les anarchistes proudhoniens et les Inter­nationalistes s’y retrouvèrent, parfois s’y affrontèrent. Cette complexité favorise une plasticité mémorielle et explique que la Commune puisse être mobilisée par de nombreuses familles de la gauche, l’extrême droite tentant régulièrement une captation. Il n’y a pas une mémoire, mais bien des mémoires de la Commune.

Bien que profondément républicaine, la Commune peine à s’intégrer au récit national que fabriquent les républicains au pouvoir à partir des années 1880. Même s’ils ont pu imputer à l’assemblée monarchiste versaillaise la responsabilité du massacre de la Semaine sanglante, c’est bien sous une République proclamée le 4 septembre 1870 qu’il a été perpétré.

Longtemps, le monde et le mouvement ouvrier ont nourri leur rejet du régime de la mémoire du sang versé.

La Commune n’est ni plus ni moins que l’affrontement séculaire entre les deux Républiques, la sociale et la libérale. Et c’est cette dernière qui l’emportait à l’aube des années 1880. […]

Les anarchistes ont en effet rapidement salué dans la Commune la révolte contre l’État, l’armée, l’Église et le capital. Ils en célébraient les expériences de démocratie directe, d’associations des travailleurs, marques de l’influence en 1871 des héritiers de Proudhon.

De nombreux communards ont ensuite rejoint le mouvement anarchiste […].

Dominés en 1871 par les démocrates sociaux bercés par les souvenirs de 1793 ou de 1848, et coincés par le courant anarchiste français, les internationalistes marxistes auraient pu laisser passer la mémoire. Mais c’était sans compter sur Karl Marx.

Certes, il jugeait la Commune (…), trop modérée, mais, dans La Guerre civile en France (juin 1871), voici qu’il la présente comme le « gouvernement de la classe ouvrière […La forme politique enfin trouvée de l’émancipation du travail». Mieux encore, il en fait l’aurore des révolutions à venir, « le glorieux fourrier d’une société nouvelle».

L’Internationale Socialisme français s’approprie alors les hommages aux victimes, Après 1920 et la scission : parti socialiste, parti communiste, c’est ce dernier qui perpétuera la mémoire de la commune.[…]

Certes, depuis les années 1970,1a mémoire de la Commune a pu sembler s’effacer dans l’affaiblissement général de la culture […] Et pourtant son réveil […] ne saurait surprendre. […]


D’après Mathilde Larrère Maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris-Est-Marne-la-Vallée