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Il se définit comme le « chef d’orchestre » de La France insoumise. Manuel Bompard […] nous livre les difficultés et ambitions du mouvement face à Emmanuel Macron.

  • […] … L’école de formation [des insoumis, pour] quel objectif ?

Nous sommes un mouvement qui regroupe près de 500 000 personnes et chacun a sa propre histoire. Les gens sont d’horizons différents et, pour beaucoup, il s’agit du premier engagement politique. L’école n’a donc pas pour objectif d’imposer une doctrine. Elle est un outil pour mieux comprendre le monde et ainsi mieux le transformer.

[…] La France insoumise est un mouvement d’action. L’école est donc un mode d’implication de plus proposé aux insoumis qui le souhaitent. Chacun en fait ce qu’il veut. Nous ne sommes pas une secte.

[…] La bataille avec Macron est loin d’être gagnée, il grimpe dans les sondages et applique son projet.

  • Il vous surprend ?

Il ne me surprend pas du tout. Il est assez banal, avec des idées héritées du XVIIIe siècle et une pratique monarchique du pouvoir qui contraste avec le renouvellement qu’il prétendait incarner. C’est une très vieille politique dans un corps jeune. En revanche, il est habile. Et nous n’avons pas réussi pour l’instant à le contrarier sérieusement. Il y a aussi un vrai paradoxe. Les enquêtes d’opinions disaient que les Français étaient contre les ordonnances travail. Mais nous ne sommes pas parvenus à traduire ce refus dans un mouvement populaire. Sans doute les difficultés de la vie ne facilitent pas la mobilisation. Chacun doit également s’interroger sur ses propres responsabilités. La division entre syndicats, et entre les syndicats et les politiques, nous a été fatale. […]

  • N’y a-t-il pas eu une phase de découragement depuis la rentrée ?

Non, car le chemin parcouru depuis la création de La France insoumise est énorme. Nous avons fait près de 20 % à la présidentielle et nous avons aujourd’hui un groupe à l’Assemblée nationale. C’est pas mal pour un mouvement qui n’a pas encore deux ans ! On ne cède pas à l’abattement. Mais il faut dire les choses avec lucidité. Jean-Luc Mélenchon a ainsi eu raison de dire que Macron avait gagné la première manche. […]

Pour être majoritaire, la priorité n’est pas de rassembler les sigles mais de permettre des axes de remobilisation populaire. Il faut proposer des réponses concrètes aux problèmes que les citoyens rencontrent. Non pas des compromis bizarres pour trouver des points d’équilibre entre appareils.

Si par exemple on avait pu monter une alliance aux législatives, qu’est-ce qu’on faisait ?

  • Quelle position sur le nucléaire, sur la sortie des traités européens, sur le revenu universel ?
  • On ne pouvait pas dire : on a confronté nos projets pendant la campagne présidentielle et au lendemain de cette campagne, tous les désaccords qu’on a portés devant le pays n’existent plus, on est tous d’accord.

Ça n’a pas de sens. Ce n’est pas ainsi que vous pouvez remobiliser des citoyens qui ne vont plus voter.[…]


Rachid Laïreche, Charlotte Belaich Libération – Titre original : « Manuel Bompard : «La France insoumise n’est pas une secte» – Source (Extrait)