Étiquettes

, , ,

Dès que le mot « dépense publique » apparaît à l’écran. […] … difficile de louper Agnès Verdier-Molinié et ses analyses chiffrées dégainées à chaque fois qu’une réforme sur les retraites ou les fonctionnaires revient au menu d’une émission. Depuis le début de l’année, la directrice de la Fondation Ifrap est sur les antennes presque un jour sur deux : LCI trois fois, France 5, M6, Canal+, Arte, Europe 1, RTL, RMC, France Inter, Sud Radio, BFM Business, I24news, le service vidéo du Figaro (trois fois)… […]

Sur les plateaux, on s’efforce la plupart du temps de dérouler le titre d’Agnès Verdier-Molinié au long, pour que l’on comprenne mieux de quoi il s’agit : « Directrice de la fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques ». Un intitulé soporifique… mais qui a le bon goût de suggérer qu’il s’agit là d’une véritable organisation de recherche. […]

Le hic, c’est que quand on s’intéresse à la production de l’Ifrap, son caractère réellement « scientifique » ne saute pas aux yeux. Selon nos calculs, sur les 229 notes publiées par la Fondation en 2017, seulement… 2 ont été rédigées par un chercheur en activité, à savoir Samy Azzam, doctorant en droit public (devenu docteur en décembre dernier). Loin de pouvoir compter sur un « réseau de près de 150 chercheurs, contributeurs et experts qui participent à la conception de (ses) études » comme elle le revendique, l’Ifrap repose en réalité sur un nombre réduit de contributeurs, qui n’ont jamais publié d’article scientifique.

  • Alors qui, sont-ils ?

En 2017, on retrouve seulement 20 signataires pour tous ses travaux. Près de 80% d’entre eux sont rédigés par une équipe restreinte de six personnes, qui correspond aux permanents de la Fondation, salariés pour leur immense majorité. Parmi eux, des titulaires de Master 2 en affaires publiques, en gestion, un ex-avocat, un ancien consultant… mais aucun diplômé d’économie.

Agnès Verdier-Molinié elle-même est diplômée d’histoire contemporaine. Ce qui n’empêche aucunement d’être compétent mais incite à relativiser les prétentions scientifiques de la Fondation. Le reste des intervenants se décompose entre stagiaires (9%) et cadres dirigeants ou retraités du privé, tous passés par les secteurs de la banque ou de l’assurance sauf trois d’entre eux, si l’on se fie à leurs comptes professionnels en ligne.

  • De la « recherche »… pas scientifique

Dès 2011, Franck Ramus, directeur de recherche en sciences cognitives au CNRS et professeur à l’ENS, s’interrogeait sur son blog sur le caractère « scientifique » des travaux de l’Ifrap. […]

Si les think tanks cèdent souvent à la tentation de porter des idées déjà arrêtées plutôt que de tenter d’élaborer une réflexion consensuelle, l’organisation d’Agnès Verdier-Molinié pousse le curseur particulièrement loin. Ses études ne proposent jamais d’auditions contradictoires d’experts (comme l’Institut Montaigne, think tank libéral), ni de rapports prévisionnels sur la conjoncture ou la croissance (comme l’OFCE, institut de recherche généralement classé à gauche).

Les notes se résument souvent à un commentaire sur un rapport ou une annonce économique, assorti d’une proposition de réforme, invariablement ultra-libérale […]… sont très souvent les mêmes. Le taux des prélèvements obligatoires et le niveau de la dépense publique en France – particulièrement hauts – sont martelés, agrémentés de comparaisons internationales peu flatteuses. D’autres chiffres qui pourraient nourrir le contexte, comme ceux de l’évasion fiscale ou des écarts de revenu, ne sont pratiquement jamais évoqués. […]

Alors que pas moins de 16 études ont été consacrées à la « nécessaire » suppression de l’ISF en 2017, aucune n’a porté sur la fraude fiscale, qui grève pourtant également la compétitivité française. Et quand Agnès Verdier-Molinié plaide pour la fin de l’impôt sur la fortune, elle assure que « la fin de l’ISF devrait permettre le retour à terme des 200 à 300 milliards d’euros qui ont fui la France à cause de cet impôt ». Sauf que cette affirmation, qu’on retrouve de longue date dans les argumentaires de la droite, ne repose sur aucune étude scientifique : c’est un pari [nullement vérifié ni vérifiable.] […]

Sur son site, l’Ifrap se targue de ne recevoir aucun subside public, ce qui renforcerait son indépendance : « la Fondation Ifrap est intégralement financée par la générosité privée ; ceci la rend totalement libre de parole, de ses axes de recherche et de ses propositions de réformes ». On pourrait tout aussi bien soutenir exactement le contraire : dépendante des dons privés, l’Ifrap a tout intérêt à calquer ses propositions sur les attentes de ses mécènes. […]

Une très précieuse « utilité publique »

En 2016, l’Ifrap a ainsi touché la somme impressionnante de 1,34 million d’euros de dons privés. Venant d’où ? On ne le sait pas, étant donné que l’Ifrap ne donne aucune indication sur ses mécènes. […] Grâce à la reconnaissance d’« utilité publique » accordée par un décret de François Fillon en 2009, ces mystérieux financeurs peuvent même soutenir ce lobby… tout en bénéficiant d’une remise de 66% de leurs dons sur leurs impôts sur le revenu ou de 75% de leur IFI (le nouvel ISF). A la différence d’un parti politique, ces dons ne sont d’ailleurs aucunement limités à 7.500 euros par an.

[…] Au conseil d’administration de l’IFRAP vous trouverez, Jean-Claude Rouzaud (Champagne Roederer) […]. Denis Kessler (ex vice-président du MEDEF, PDG de réassurance SCOR) […], [entre autres personnalités].


Etienne Girard, Marianne2 – Titre original « L’Ifrap d’Agnès Verdier-Molinié : faux institut de recherche et vrai lobby ultra-libéral » – Source (extrait … mais lecture libre en suivant le lien)


A noter, qu’il ne faut pas chercher longtemps sur internet pour se rendre compte de l’usurpation et l’influence informative de cet institut bidon, servile allié du gouvernement et relayé allègrement dans les médias sans contre-indication.