Mots-clés

, , ,

Vu d’Allemagne.

En annonçant une réforme de la fonction publique, le gouvernement s’en prend à un tabou français et enclenche un processus périlleux, juge ce journal conservateur allemand.

Il y a en France des sujets qui sont tellement sacrés, du moins pour une partie de la population, qu’il est déjà tabou d’y réfléchir publiquement. Emmanuel Macron devrait bien le savoir puisqu’il avait lui-même déclenché un débat houleux en 2015 avec ses réflexions sur le statut des fonctionnaires quand il était encore ministre de l’Économie. Cela ne l’empêche pourtant pas de s’attaquer de nouveau à cette question hautement sensible et de souhaiter réformer la fonction publique. La deuxième économie de la zone euro souffre en effet d’un appareil d’État pléthorique. […]

Dépassionner le débat

[…] La France fait partie des pays qui ont la fonction publique la plus surabondante du monde. Ceux qui pensent que l’Allemagne est le pays des fonctionnaires devraient regarder de l’autre côté du Rhin. Un Français sur cinq travaille dans la fonction publique nationale. [Coût pour] l’État 284 milliards d’euros en 2016 selon la cour des Comptes, soit près de 25 % des dépenses publiques et 13 % du PIB.

La deuxième économie de la zone euro compte 5,6 millions de fonctionnaires, soit trois fois plus que l’Allemagne […] [ou] les Länder et les communes emploient 4,6 millions de personnes en tout. Les coûts, environ 250 milliards d’euros par an, représentent environ un cinquième des dépenses de l’État.

C’est la France qui a les dépenses publiques les plus élevées des pays industriels réunis au sein de l’OCDE. L’organisation l’a mise en garde cet automne : elle doit d’urgence mettre au point une stratégie durable pour les réduire car l’énorme appareil d’État nécessite des impôts élevés, ce qui pèse sur l’emploi et les investissements. […]

[…] Macron semble bien décidé à s’attaquer à la question. Il suit en la matière la stratégie qui lui a déjà permis de mener à son terme la réforme contestée du Code du travail : il y aura des consultations avec les syndicats et les administrations concernées.

Cette phase durera un an, a annoncé Olivier Dussopt, le secrétaire d’État en charge des comptes publics. La fonction publique doit absolument être modernisée et devenir plus flexible. […]


Gesche Wüpper – Courrier international – Source (Extrait)