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C’est un grand changement par rapport aux années 1950 et au début des années 1960 : les jeunes femmes étaient alors tenues de se préserver pour le mariage, tandis que les hommes pouvaient largement profiter de leur jeunesse avec des femmes plus âgées ou des prostituées.

Il y a eu également une prolongation de la vie sexuelle à un âge avancé : alors que seulement 50 % des femmes mariées de plus de 50 ans avaient une activité sexuelle en 1970, c’est le cas de 90 % des femmes en couple du même âge dans les années 2000. La ménopause a ainsi cessé de marquer la fin de la vie sexuelle.

La passivité féminine a cessé d’être la norme

Par ailleurs, un des effets du déclin de l’institution matrimoniale depuis les années 1980 est la diversification des parcours de vie, et donc des cadres d’exercice de la sexualité. Le changement est particulièrement net pour les femmes.

En 1970, un tiers d’entre elles avaient eu plus d’un partenaire dans leur vie, contre deux tiers en 2006. La proportion de celles qui ont eu des rapports avec des femmes augmente.

Après une séparation amoureuse ou conjugale, expérience désormais fréquente, elles sont aussi nombreuses que les hommes à rencontrer de nouveaux partenaires, qu’elles forment ou non des couples avec eux, qu’elles vivent ou non avec de jeunes enfants.

Dans les années 2000, l’arrivée des nouvelles technologies de communication a contribué à modifier le scénario des rencontres affectives et sexuelles, qui peuvent échapper au regard des proches ; les jeunes femmes sont nombreuses à s’en emparer, et dans des proportions comparables aux hommes (entre 28 % et 40 % des 18 à 25 ans) (4).

Leur activité sexuelle n’est plus limitée au cadre du couple marié en âge d’avoir des enfants. Dans tous les milieux, l’espace et le temps de la sexualité se sont ouverts pour elles.

Dans les rapports sexuels eux-mêmes, les pratiques les plus asymétriques ont reculé, et un nouveau scénario, plus égalitaire, a émergé (5). En 1970, deux tiers des femmes et des hommes déclaraient que c’étaient ces derniers qui prenaient l’initiative des rapports sexuels.

En somme, les rapports avaient lieu quand ils le décidaient, sans que cela soit considéré comme une violence. Dans la seconde moitié des années 2000, quatre cinquièmes des femmes comme des hommes déclaraient qu’à leur dernier rapport ils avaient autant envie l’un que l’autre.

La passivité féminine a cessé d’être la norme.

Le désir mutuel est désormais une composante ordinaire et attendue du rapport sexuel.

Les rapports qui ne correspondent pas à ce modèle sont considérés comme insatisfaisants, voire violents.


Michel Bozon – Le Monde Diplomatique – Titre original : « Transformations de la sexualité, permanence du sexisme » – Petit extrait – Source


  • 4 – Marie Bergström, « Sites de rencontres : qui les utilise en France ? Qui y trouve son conjoint ?», Population & Sociétés, n° 530, Institut national d’études démographiques (INED), Paris, février 2016.
  • 5 – « Cinquante ans de sociologie de la sexualité. Évolution du regard et transformation des comportements depuis les années 1960 », dans Paul Servais (sous la dir. de), Regards sur la famille, le couple et la sexualité. Un demi-siècle de mutations, Academia-L’Harmattan, Louvain-la-Neuve – Paris, 2014.