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Le 17 janvier [2018], alors que le président est en visite à Calais, une tribune publiée par « Le Monde » lui reproche de mener une politique migratoire qui « contredit l’humanisme » qu’il prône officiellement.

L’embardée fait mouche car elle est menée par quelques-uns des plus proches partisans et artisans de la campagne victorieuse d’Emmanuel Macron, tels que l’économiste Jean Pisani-Ferry et l’essayiste Thierry Pech.

Quelques jours plus tard, c’est au tour de l’écrivain Yann Moix d’accuser le chef de l’État d’avoir instauré à Calais un « protocole de la bavure » (Libération, 21 janvier 2018).

Vide oppositionnel

Parallèlement, l’immense audience nationale et mondiale rencontrée par la tribune dite des « cent femmes », parue dans « Le Monde », contre le « puritanisme » et le « révisionnisme » culturel imputés à la dérive, selon elles, du mouvement #metoo donne le ton et le mode d’adresse à l’opinion. Les tribunes et les débats s’enchaînent et bousculent le gouvernement.

Le 16 janvier, la sociologue de la famille Irène Théry fédère au sein d’un collectif de 110 personnalités les signatures d’Elizabeth Badinter, de Pierre Rosanvallon ou d’Annie Ernaux autour d’une tribune destinée à ce que la France reconnaisse les enfants issus de la gestation pour autrui (GPA), alors même que les États généraux de la bioéthique démarrent sans avoir inscrit cette question à son agenda…

Rares sont les semaines qui passent sans qu’on lise des tribunes collectives lancées comme des fusées à courte, moyenne ou grande portée.

Le débat d’idées s’est rouvert du côté des intellectuels parce qu’il s’est aussi refermé à droite comme à gauche, avec des partis en pleine reconstruction et des syndicats affaiblis. Les deux droites s’affrontent et les deux gauches ne se parlent plus. […]

… les sujets d’opposition ne manquent pas.

Surtout sur des questions sur lesquelles le gouvernement peine à trancher, de la bioéthique à la laïcité. Pour certains proches du président, les limites de la doctrine du « et en même temps » semblent atteintes. Car sur nombre de points, celle-ci confine à la contradiction, voire à la compromission. Il n’est donc pas surprenant que le public se retourne vers d’autres leaders d’opinion.

Ces échanges à distance restent un classique du pouvoir.

Le chef de l’État met en scène le fossé qui existerait entre ceux, comme lui, qui sont aux affaires et ont les mains dans le « réel », et les intellectuels qui donneraient des leçons en chambre. « Pour le président, il ne faut pas confondre les vraies figures intellectuelles françaises qui sont finalement rares et les nombreuses figures médiatiques qui se prennent pour des intellectuels mais ne font que commenter », explique le porte-parole de l’Élysée, Bruno Roger-Petit. [Belle explication pleine d’un méprisa très consistant – MC]


Bastien Bonnefous, Le Monde – Titre original « Macron sous l’œil des intellectuels » – Source (Extrait)