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Promis, juré, ils n’augmenteront plus. C’est même le ministre en charge de la fiscalité, Bruno Le Maire, qui vous le promet. En précisant que le gouvernement n’en sortira aucun petit nouveau de son chapeau d’ici à la fin du quinquennat. Mais en omettant de parler des taxes et autres contributions.

[…] « C’est un peu imprudent comme discours, se désolidarise un ponte de Bercy. Alors que l’on annonce une refonte de la fiscalité locale, il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs ». […] D’autant que mine de rien, depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, huit taxes, impôts ou contributions ont déjà été créées, entre le budget 2018 et les lois de finances rectificatives 2017. […]

Huit taxes… en huit mois

Pas de panique néanmoins pour le contribuable lambda. Ces nouvelles créations fiscales n’impacteront dans l’ensemble que des cibles de niches. Exemples avec les deux taxes sur l’exploration d’hydrocarbures et de gîtes géothermiques, celle sur les plus-values de ventes de logements par les offices HLM, ou sur le développement des industries de fabrication de papier… […] deux contributions exceptionnelles sur l’impôt sur les sociétés (IS) des très grandes entreprises pour financer la censure de la taxe à 3% sur les dividendes, ainsi que la création de l’impôt sur la fortune immobilière (IFI, en remplacement de l’impôt de solidarité sur la fortune, ISF).[…]

Une addition estimée à 8,5 milliards d’euros

Pas question pour Emmanuel Macron de faire ressurgir le ras-le-bol fiscal de l’ère Hollande. Bien au contraire ! Le président de la République a d’ailleurs été en partie élu grâce à sa promesse de campagne de supprimer la taxe d’habitation pour 80% des ménages. Reste qu’il faudra trouver de l’argent quelque part, notamment pour financer la suppression totale de la fameuse taxe locale. L’addition est estimée à 8,5 milliards d’euros (Mds€), rien que pour cette réforme. « Il faudra faire de nouvelles économies structurantes, évoque-t-on dans l’entourage de Gérald Damanin, ministre de l’Action et des Comptes publics. La croissance nous permettra de limiter les dégâts. Mais cela ne suffira probablement pas. »

Quelques euros grignotés de-ci, de-là

D’ici là, on bidouille donc l’indigeste catalogue français des taxes et autres contributions pour trouver ça et là des recettes supplémentaires. Et là, ça risque de faire mal au portefeuille !

  • Premier étage de la fusée fiscale : la hausse de 1,7 point de CSG depuis le 1er janvier, qui fait mal aux retraités […]. Et l’augmentation de la fiscalité du tabac, du gaz et de l’essence. Plus discrètement, le gouvernement a grignoté quelques euros, de-ci de-là, en alourdissant des taxes plus confidentielles comme la taxe « abri de jardin », la taxe sur les métaux précieux ou encore celle sur les véhicules les plus polluants.

Certaines taxes ont été repensées pour saler la note.

  • C’est le cas de la cotisation foncière des entreprises, que les agents du fisc dégainent en appliquant un taux « local industriel » bien plus lourd que le taux « local commercial » appliqué à beaucoup d’entrepôts jusqu’alors.
  • Enfin, de nouvelles venues sont entrées en vigueur en janvier, comme la fameuse taxe « inondation » ou Gemapi. (1)

« Quand on ne veut pas augmenter les impôts pour éviter de devenir impopulaire, on crée des taxes sur tout et rien, dénonce Virginie Pradel, fiscaliste et fondatrice de l’Institut Vauban, un think tank sur la fiscalité. C’est bien plus discret. »

Impôts ou taxes, la différence est dans les mots, pas dans les faits

  • L‘impôt est une collecte d’argent non affectée
  • La taxe est orientée vers une dépense précise [euh, normalement … chacun se souviendra de la vignette Ramadier, taxe sur les véhicules destinées aux personnes âgées … qui n’a jamais été affecté à cette ligne budgetaire … et combien d’autres … MC]

[…] … nos hommes politiques qui savent habilement jouer avec les mots. Le gouvernement vous jure qu’il ne créera pas de nouvel impôt … Mais, sauf erreur, personne n’a dit que les taxes n’augmenteront pas…


Aurélie Lebelle, Le Parisien – Titre original « Fiscalité : ces taxes qui vont vous coûter cher » – Source (Extrait)


1)  La fameuse taxe «inondation» ou Gemapi est entrée en vigueur en janvier. Chaque agglomération a jusqu’au 15 février pour voter son montant.

C’est la nouvelle venue qui pourrait bien faire couler une partie de votre pouvoir d’achat. D’autant qu’avec les inondations qui perturbent de nombreuses régions, les agglomérations ne vont pas hésiter à la voter.

La taxe Gemapi, décidée en 2014 sous François Hollande, est censée financer les aménagements pour éviter les risques de crues. Et si jusqu’ici l’État en avait la charge, cette compétence vient d’être transférée aux collectivités et est officiellement entrée en vigueur depuis le 1er janvier.

Chaque agglomération a jusqu’au 15 février pour voter le montant de la taxe, qui peut grimper jusqu’à 40 € par personne, comme c’est par exemple le cas dans celle du Gard Rhodanien et ses 43 communes, près d’Avignon (Gard). En clair : si vous êtes une famille avec deux enfants, et que vous habitez à Pont-Saint-Esprit ou Laudun-L’Ardoise par exemple, cela vous coûtera 160 € par an.

Quand recevrez-vous la facture ?
A l’automne prochain, avec vos impôts locaux. La taxe Gemapi sera additionnée, selon votre profil, à la taxe d’habitation ou la taxe foncière.

« Ce nouvel impôt n’est ni social, ni juste, ni efficace ! » dénonce André Flajolet (LR), vice-président de l’association des maires de France (AMF) et représentant des intercommunalités auprès de Matignon. Mais les contribuables n’ont pas voix au chapitre pour autant. Et devront passer à la caisse.