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Passe le temps, défilent les jours, heures, minutes, dans un monde solitaire excluant  la fratrie. De temps à autre en de rares moments sortent d’intelligibles mots d’un noir d’encre : j’en ai marre, vite suivit de bredouillages inaudibles. Puis le vent passe et un silence emplit de fantômes, se réinstalle.

 

Collection personnelle – Reproduction strictement interdite sous peine d’action juridique. Photo MC – Née Cabrit 08 juin 1922, Jacqueline C.

Les minutes s’égrènent, mes heures et mes semaines filent en fumées,
Faudrait qu’j’me souvienne, je ne peux plus m’arrêter d’oublier,
J’ai oublié l’adresse de ma maison, j’ai oublié ma veste à la réflexion.
J’ai peur qu’il ne me reste qu’un prénom : Je m’appelle Marguerite.
Mais quel est ce village que je traverse?
Je vais marcher plus vite, j’ai peur que le gros nuage échappe une averse.
J’ai rencontré 2 ou 3 inconnu : des petits effondrés qui m’ont dit salut.
Est-ce que j’les connaissais, je ne sais plus.
Je regarde de loin le soleil se coucher, je ne sais plus mon chemin, je me sens fatiguée.
Si je me rappelle bien quand le ciel est tout rosé, c’est qu’il fera beau demain, j’voudrais en profité.
Mais j’ai de l’esprit en absence, j’ai plus d’ami, j’ai plus d’absence.

Mes heures s’entretuent, mon cœur a des secrets qui me tenaille, mon corps ne sait même plus si quelqu’un a germé dans mes entrailles.
J’ai perdu la notion du temps qui passe, je me mire dans une vitrine comme dans une glace.
J’ai pas trop mauvaise mise mais hélas j’ai les cheveux en bataille, j’ai oublié de soigner ma coiffure.
Je n’ai même pas mon chandail, j’ai qu’une chemise de nuit en pleine nature.
Et qui donc est cette femme d’âge mur qui se dépêche à descendre d’une voiture. Qui m’agrippe le bras et murmure :

Ne vois-tu pas de loin le soleil se coucher.
Il est tard allez vient, tu es sûrement fatigué.
Elle me dit regarde bien, le ciel est tout rosé, il fera beau demain, faudra en profiter.
Je t’ai retrouvé, t’as de la chance mais faudrait pas q’tu recommence.
Elle m’a réinventé toute une enfance, là sur la banquette.
Elle m’a ramené à la résidence, à ma chambre et enfin de ma fenêtre, on a regardé de loin le soleil se coucher.
On parlait un peu moins, on était fatigué.
On a dit regarde bien le ciel est tout rosé, il fera beau demain, faudra en profiter.
Et là je l’ai reconnue, je pense. Ma bonne et seule amie d’enfance.

Les minutes s’en vont, prennent mes souvenirs comme en otage, j’ai le sommeil d’un poupon mais la nuit noire blanchie mes images.
J’me réveille une photo entre les mains : deux petites filles qui courent au bord d’un jardin.
Mais qui sont ces enfants? C’est fou ce que ma mémoire a foutu l’camps.
J’entends glisser dans le corridor de molle chaussures et comme une vie sur mon cerveau mort,
Ya la voix de cette femme qui murmure :

On regardera encore le soleil se coucher et si jamais tu t’endors, si t’es trop fatigué,
j’te dirai regarde bien le ciel est tout rosé, il fera beau demain faudra en profiter.
Mais tant qu’tu pars pas dans le silence, j’vais te remémorer ton enfance :

Tu t’appelles Marguerite,
J’t’appelle encore la voisine d’en face
Quand on était petite,
Tu étais la plus jolie de la classe.


Paroles Linda Lemay –Titre « Je m’appelle Marguerite » extrait de l’album : Ma Signature – Année de sortie : 2006