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Un gamin passe du rire aux larmes. Pour trois fois rien, brusquement, tout bascule !

« Chez l’enfant, des mondes se succèdent, observe Roger-Pol Droit. Les adultes, eux, ne sont jamais tout entier dans ce qu’ils éprouvent. Bien sûr, il ne s’agit pas de se laisser engloutir par ses affects, avoir un thermostat adulte est très utile. Mais une longue et puissante tradition culturelle a rangé du côté de la faiblesse les pleurs, une trop grande émotivité, les sautes d’humeur.

Maîtriser ses « passions tristes » selon l’expression de Spinoza, devient la marque de fabrique du mâle civilisé, éduqué, et sain d’esprit. C’est ainsi qu’on est sommé, dans le monde professionnel, de mettre de côté tout ce qui est personnel. Pourtant, les larmes ou le spleen, tout comme le rire, nourrissent la pensée, la stimulent et aident à la prise de décision. Il est temps de rendre leur légitimité à tous nos affects. »

Le point de vue de la psychanalyste

« L’enfant exprime sans doute plus fortement ses émotions car elles sont moins réprimées par les interdits, qui surgissent avec le langage. Mais l’adulte, grâce à la richesse de son vocabulaire, en saisit davantage la subtilité. Il est capable de distinguer, dans la tristesse, ce qui relève de la mélancolie, de la nostalgie, de la déception, du désabusement…

C’est un leurre, toutefois, de croire qu’on peut tout verbaliser!

L’être humain refoule dans l’inconscient ce qui lui est pénible ou interdit.

Nous opérons à notre insu un « tri sélectif ». C’est le trop-plein, en réalité, qu’il s’agit d’évacuer. S’il n’est pas mis en forme par le langage, il s’adonnera tôt ou tard à un travail de « sape » souterrain. C’est pourquoi j’invite tout un chacun à ne pas mettre le couvercle (« ça va passer ») quand il se sent assailli par une émotion. Mieux vaut se plaindre à sa meilleure amie, tenir un journal, faire du sport, voire consulter un psy quand cela va mal. Il faut tenter par tous les moyens de déloger le caillou qui coince dans la chaussure. A faire de la « marche forcée », on s’aperçoit un jour, et trop tard, que le pied est blessé. »


Valerie Josselin