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Les États-Unis ont-ils déjà eu un président aussi clivant ?

Trump n’est pas un politicien normal. Impulsif, narcissique, il entretient les clivages. Il a besoin d’être tout le temps dans la lumière. Il vend sa marque avec des tweets. Cela lui a permis d’être élu et il continue un an après.

Obama était déjà clivant sur le plan racial – une partie des États-Unis n’a jamais accepté un président noir.

Trump est encore plus clivant. Il a une très forte opposition dans la presse, la société civile, le monde politique, jusque chez les Républicains où il est un président malgré eux.

  • Pour l’instant, ses réussites sont économiques et fiscales ce qui lui permet de rester crédible ?

L’économie fonctionne bien. Le chômage est au plus bas (4,1 %) malgré beaucoup d’emplois flexibles, la Bourse, qui apprécie la politique de dérégulation, au plus haut. Il surfe sur la dynamique. Ces résultats sont aussi les conséquences de la politique d’Obama.

Dans ses discours, il s’adresse beaucoup à ce qu’on appelle les hommes blancs en colère, les classes populaires des Swing States (états décisifs). Sauf que pour ces gens-là, rien n’avance vraiment sur la protection, les grands chantiers. Qui va financer ? Ce n’est pas la réforme fiscale qui va aider. Le président du chaos, du clivage déçoit.

  • Qu’en pense son électorat ?

Il est le président le plus impopulaire après un an de mandat et tout dépend de quel électorat on parle. Les riches l’apprécient après la réforme fiscale. Il garde un noyau de supporters sensibles à son storytelling : Trump, l’Amérique blanche, virile et combative contre l’establishment.

  • Pourquoi cherche-t-il à défaire systématiquement ce qu’Obama a construit ?

Une des obsessions de Trump est de démanteler le bilan d’Obama, les accords de Paris sur l’environnement, sur le nucléaire iranien, les traités commerciaux, le système de santé… Il prend une revanche personnelle quand en 2011, Obama s’était moqué de lui lors d’un dîner de la presse. Il ne lui a pas pardonné. Obama, c’est un homme de compromis, intellectuel, juriste. Trump, c’est tout à fait le contraire.

  • Quelle est la stratégie de Trump à l’internationale, à part se faire des ennemis ?

La stratégie du chaos, du gros bouton rouge avec la Corée du Nord, ce n’est pas complètement farfelu. Créer de la peur, apparaître comme le sauveur sert aussi à vendre des armes. En revanche, je ne suis pas certaine qu’il ait une stratégie à long terme.

  • Quand il considère Jérusalem comme capitale d’Israël, quelle est sa stratégie sur le conflit israélo-palestinien ?

Aucune idée. À part pour flatter son électorat évangéliste. Ça sert à se rapprocher d’Israël et de l’Arabie saoudite contre l’Iran. Reste que l’image des États-Unis à l’étranger est extrêmement dégradée.

  • Les élections de mi-mandat en novembre peuvent-elles changer la donne ?

Les élections de mi-mandat sont souvent une sanction pour le président en place.

  • Le front anti-Trump chez les démocrates et dans la société civile va-t-il se vérifier ou massivement s’abstenir ?

Le parti républicain est divisé. Il préférerait Mike Pence, son vice-président.

  • Peut-on aller jusqu’à une destitution ? Quel est le degré de collusion entre le clan, la famille Trump et la Russie, voire le Kremlin ?

On est un peu dans la série « House of Cards »… Mais il ne faut jamais sous-estimer Donald Trump. Or c’est ce que nous avons fait en 2016.


Interview de Marie-Cécile Naves paru dans « La Voix du Nord » en libre lecture dans la lettre IRIS N° 660 – Source