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La scénarisation de la convocation du président de la SNCF par la ministre des Transports ne trompe personne. La ministre officiait il n’y a pas si longtemps au comité de direction de l’entreprise publique sous les ordres de G. Pepy. Elle connaît donc parfaitement la situation. Autant de battage autour d’une telle convocation en dit long sur les projets du pouvoir qui méprise ainsi au plus au point le statut même des cheminots.

Ce qui devait tout bouleverser, s’est terminé par la demande d’une nouvelle « étude », comme Clemenceau créait des commissions pour détourner l’attention.

Si le gouvernement avait l’intention de s’attaquer aux difficultés qui minent notre entreprise ferroviaire, il aurait pu prendre connaissance des alertes que les organisations syndicales ont multipliées.

Depuis des années les gouvernements imposent la diète avec des sous-investissements coupables, des suppressions d’emplois et de métiers, avec les savoir-faire qui les accompagnent.

30 000 postes de travail ont été ainsi sacrifiés sur l’autel d’une gestion comptable inspirée des normes du privé, sous pression de l’État et des institutions européennes. Priorité a été accordée aux ouvertures à la concurrence au lieu de rechercher des coopérations entre les réseaux de la grande Europe.

Les filiales et les sous-filiales, souvent de droit privé, se sont multipliées, avec cette aberration qui voit la SNCF se faire concurrence à elle-même. Les lignes les plus rentables ont été choisies au détriment d’une péréquation entre celles-ci et des réseaux régionaux irriguant les territoires. La SNCF est ainsi devenue le premier transporteur routier privé, au mépris des lignes régionales, de la sécurité routière, et des urgences environnementales !

La dette du rail français était de 14, 9 milliards d’euros à la fin des années 198O, elle dépasse les 40 milliards d’euros. Pour « la mettre sous le tapis », l’unicité de la SNCF a été mise en cause afin de tenter d’entrer dans les clous des fameux 3% de déficit imposés par les traités européens. L’entreprise publique, ses salariés et ses usagers paient au quotidien ces choix de gribouille.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la dette est appelée à suivre une courbe exponentielle dans les années qui viennent car les frais financiers annuels sont d’au moins deux milliards.

Autrement dit, une partie de l’achat du billet de train ne va pas à la SNCF mais à la banque. Plusieurs pays européens, dont l’Allemagne, ont pourtant allégé voire supprimé leur dette ferroviaire en utilisant la directive européenne qui y incitait (directive 91/440). La France l’a mis à l’ordre du jour du Parlement… mais n’est pas passé aux actes.

Et, voici que M. Macron sonne la charge avec un odieux chantage. Il compte proposer une reprise partielle de la dette par l’État en échange de la destruction du statut des cheminots et du système de retraite voire de la privatisation de l’entreprise.

Comme souvent, le Président veut rendre les cheminots responsables de l’actuelle situation dont souffrent les voyageurs, afin de pousser plus avant son libéralisme économique et accélérer la privatisation du rail. C’est pour préparer le terrain que de bonnes âmes libérales et médiatiques dissertent pour savoir si les cheminots sont « compétents » ou pas.

C’est le moyen abject de camoufler la faillite de choix stratégiques dans le cadre des libéralisations européennes et sous la dictée de la finance.

La colère légitime des usagers suit la courbe de la dégradation des infrastructures, des conditions de travail des agents et de la précarisation des salariés des filiales. C’est bien à une solidarité entre usagers et salariés du ferroviaire qu’il faudrait d’urgence s’atteler pour inventer un service public du rail moderne, écologique, dont les tarifs permettent à chacune et chacun de se déplacer librement et en toute sécurité.

Si les alertes des cheminots lors de leurs mobilisations avaient été prises en compte, nous n’en serions pas là. Cela vaut donc le coup de rechercher des solutions efficaces qui placent le rail au cœur de choix nouveaux de déplacements, avec l’inter-modalité fondée sur la complémentarité des moyens de transport, le développement de tous les territoires, et le projet environnemental qui ne peut se passer d’un développement considérable du fret ferroviaire.

La reprise de la dette et les investissements massifs de la SNCF en sont parties intégrantes. La création d’un fond européen pour le développement social et écologique, alimenté par les énormes sommes que crée la banque centrale depuis plus d’un an, pourrait aider les entreprises ferroviaires à investir dans le matériel, les infrastructures, le travail et l’innovation.

Un moratoire sur l’application des quatre directives européennes concernant les entreprises ferroviaires doit être décidé par notre pays pour évaluer le bilan des libéralisations et imaginer un nouveau projet de coopération européenne. Entre les frais financiers pour alimenter les banques et la sécurité ferroviaire, nous choisissons de promouvoir une SNCF publique, modernisée et adaptée aux conditions de notre temps. Que s’ouvre un débat public !


Blog de Patrick Le Hyaric – Source