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Une analyse de la société par le biais de la fiscalité, une analyse parmi tant d’autres, quoi ! Sauf qu’elle cautionne en sous entendant qu’il est injuste que les personnes les plus à l’aise financièrement supportent trop de fiscalité.  MC

Existerait-il des nombres d’or en politique, des proportions miraculeuses en économie ?

La question se pose depuis qu’Emmanuel Macron est à l’Élysée. […] Ainsi cette promesse forte : 80 % des foyers fiscaux (les familles) seraient totalement exemptés de la taxe d’habitation à l’horizon 2020. Et à partir de ce 1er janvier 2018, il a été décidé que la hausse de 1,7 % de la CSG concernerait 60 % des retraités, les 40 % autres en étant exonérés.

  • À quoi correspondent au juste ces bornes délimitant des catégories étanches de Français ?

Elles sont certes établies en fonction des niveaux de revenus […] … Mais cela n’explique pas pourquoi le curseur a été placé à de tels niveaux de revenus. En réalité, il fallait trouver une frontière séparant les 80 % des 20 % et on l’a fixée de façon à distinguer ces deux masses.

  • La démarche est finaliste

[…] Emmanuel Macron, qui aime à se placer sous la tutelle du grand philosophe du XVIIe, citant dans ses propres discours « les passions tristes » (sic), se révèle bien peu spinoziste quand il considère que la fin justifie les moyens. Il avait simplement besoin d’une mesure populaire qui ratisse large. En l’occurrence, finalisme rime avec électoralisme et populisme.

Plus prosaïquement, […] …jusqu’à la réforme Macron, 30 % des ménages (les moins aisés) étaient dispensés de taxe d’habitation (TH), et à l’autre bout du spectre, pour les 10 % les plus riches, la TH glisse comme l’eau sur les plumes d’un canard. Entre les deux, « les six déciles intermédiaires » dans le langage des experts de Bercy, autrement dit les 60 % des classes moyennes.

Avec en outre ce constat fâcheux : la TH pèse plus lourd dans les régions les moins prospères, les « zones périphériques », comme on dit aujourd’hui. D’où la trouvaille des « 80 % », un chiffre qui frappe les imaginations, même s’il serait plus exact de parler des 50 % de foyers pour qui la mesure est nouvelle, puisqu’elle s’appliquait déjà à 30 % de gens.

  • Les campagnes électorales sont propices aux calculs de coin de table pas très ragoûtants !

Le choix de la balise 60/40, clivant les retraités qui supporteront la hausse de la CSG et ceux qui seront dégrevés, est tout aussi spécieux. L’argument invoqué est que les 60 % les plus riches des inactifs ont des ressources dépassant la moyenne des revenus des gens en activité. Voilà qui relève de l’arbitraire du monarque se croyant investi de la police des revenus.

  • Effets de seuil

Ces méthodes chirurgicales, découpant de grandes masses, s’inspirent du Gosplan soviétique (Texte du figaro !). […] Le manichéisme d’Emmanuel Macron, opposant sans vergogne les déciles de revenus les uns aux autres, s’accorde mal avec l’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : la contribution commune aux dépenses publiques « doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés ».

Le principe de progressivité de l’impôt ne saurait se confondre avec un monde en noir et blanc, où les uns ne paient rien et les autres supportent tout le fardeau. Sauf à constituer « une France sous condition de ressources », selon la formule moqueuse de Patrice Cahart, ancien directeur de la législation fiscale à Bercy.

Le danger immédiat est de créer des effets de seuil inacceptables : un contribuable qui gagne un tout petit peu plus que son voisin va se retrouver avec des gains nets inférieurs après impôts. […]  Déshabiller Pierre pour habiller Jacques, diviser pour régner, voilà des principes vieux comme le monde.


Jean-Pierre Robin, « Le Figaro », Titre original « Pourquoi Macron tient à séparer les contribuables en classes antagonistes » – Source (Extrait)