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La prévention ne se décrète pas !

Trop facile et inconscient de dire « Pourquoi prévenir puisque désormais on sait guérir ? »

La médecine a délaissé la prévention à partir de la seconde moitié du XXe siècle quand elle a commencé à remporter d’authentiques victoires sur les maladies. Un peu d’histoire aide à comprendre : l’espérance de vie sous Hippocrate était de 25 ans, de 43 ans du temps de Pasteur, elle est aujourd’hui de 81 ans, tout cela grâce essentiellement à l’accès à l’eau potable, au tout-à-l’égout et aux antibiotiques. […]

Résistances aux antibiotiques ou la renaissance de la prévention

Le tout-à-l’égout, l’accès à l’eau potable, une hygiène de vie, un suivi et une qualité de soins médicaux, une nourriture plus équilibré mais panoplie medicamenteuse plus large sans oublier les antibiotiques ont leur part dans ce résultat dans notre espérance de vie n’aurait pas bondi comme elle l’a fait.

Ces antibiotiques qui ont sauvé des centaines de millions de vies depuis leur invention en 1948. Mais pour combien de temps encore ?

Depuis 2014, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) alerte sur leur surconsommation dans le monde et sur les conséquences tragiques qui ont déjà commencé à se faire sentir. En effet, de plus en plus fréquemment ces médicaments n’agissent plus sur les infections, au point qu’en 2015 on estime à 14.000 le nombre des décès en France dus à ces multi-résistances, et dans le monde ce serait 200.000 enfants qui en seraient morts.

Année après année, le bilan s’alourdit, et le danger est jugé si grave que le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, en a fait le thème essentiel de son discours à la tribune de l’ONU en septembre 2016: « Une menace fondamentale à long terme pour la santé humaine, la production durable de nourriture et le développement. ». […]

Convaincre ou imposer ?

Car, malgré les incontestables progrès de la médecine, des pans entiers de connaissance nous font encore défaut pour comprendre et, peut-être un jour, espérer guérir certaines pathologies majeures. Comme les cancers, dont on ne maîtrise toujours pas tous les cycles, à commencer par leur apparition, les dégénérescences liées à l’âge, comme la maladie d’Alzheimer, prouvant que la fonction cérébrale est encore terra incognita alors qu’elle commande l’ensemble de nos fonctions, ou encore la plupart des maladies chroniques. Dès lors, comment ne pas être persuadé que l’état de la santé de la population serait meilleur si, en amont du curatif, on introduisait la prévention dans notre système :

  • Mais, une fois cette réalité énoncée, reste à s’interroger sur son application.
  • Comment faire autre chose que du saupoudrage comme on le fait depuis des décennies ?
  • Comment financer ces programmes alors même que l’on réduit année après année le budget de la santé ?
  • Comment convaincre plutôt qu’imposer ?
  • Comment séduire plutôt que contrôler et réprimer ?

La mentalité générale au moins dans les pays avancés technologiquement et a fort pouvoir financier a changé, et heureusement, qui ne voit plus dans le malade un irresponsable voire un individu qui l’a bien mérité. De la même façon que la population n’attend plus qu’on lui prescrive ou lui ordonne, elle attend des arguments et des faits.

Prévention détournée, prévention bafouée

Des arguments et des faits pour être convaincue de l’objectif que l’État souhaite atteindre. Un exemple est éclairant, celui de la sécurité routière. En 1972, la route tuait en France plus de 16.000 personnes ; en 2014, 3 384. Dans le même temps, le nombre de voitures a augmenté de près de vingt millions, les poids lourds encore davantage.

À quoi doit-on ce bilan extrêmement positif ?

À la sécurisation des voitures et de la voirie, aux ceintures de sécurité et aux casques et, enfin, aux gendarmes. Un ensemble dans lequel contrôle et répression n’étaient que des moyens parmi d’autres. […]

Comment juger de la légitimité d’une mesure et donc se l’approprier dès lors que l’on ignore sur quels faits objectifs elle se fonde ? C’est toute la question de la prévention qui est résumée dans cette interrogation.

Or, force est de constater que la prévention reste cantonnée dans l’esprit de nos décideurs dans l’équation obsolète du contrôle/répression. Ainsi de la vaccination, pour laquelle on finit par opposer écoles et santé en interdisant l’accès des premières aux enfants non vaccinés. Ainsi de la cigarette que l’on voudrait voir supprimée des films et des séries au point de réserver les financements aux réalisateurs « vertueux ». À quand l’interdiction des deux roues, à quand des contrôles de notre exercice physique sous le prétexte de nous aider à préserver notre « capital santé » ?

Quel est ce monde dans lequel on veut nous faire entrer de force, « pour notre bien », plutôt que de nous convaincre d’aller dans une direction souhaitable ?

Faire de la prévention en 2017 impose que les mesures soient expliquées et non imposées, pas comme pour la vaccination ; argumentées; partagées, à l’inverse des injonctions alimentaires.

« 40.000 étudiants en santé consacreront trois mois à des actions de prévention dans les écoles et les entreprises » : la création d’un « service sanitaire » annoncée dans le programme d’Emmanuel Macron a suscité de vrais espoirs. Ce serait la première fois qu’une action de prévention d’ampleur nationale se verrait dotée de ressources significatives.

Pour autant, cette proposition fait naître des interrogations quant à sa mise en oeuvre. Ici encore, la réussite passera par la co-élaboration des actions entre les différents acteurs, population comprise, et devra intégrer le numérique comme levier de la démarche.

Surtout, il conviendra que cette force ne soit pas un bataillon de « sachant » allant « évangéliser » des ignorants, et pour cela qu’elle ait changé radicalement de logiciel pour aller dans les écoles, les ateliers et les bureaux débattre et convaincre avec des arguments irréfutables. Le chemin est encore long.


Antoine Vial – Revue de la MTRL, Déc. 2017