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Quarante ans qu’il rêvait d’être ministre, il y parvient, et c’est le coup de blues. Quarante ans qu’il essayait systématiquement de se placer juste derrière les stars montantes du PS, celles qui captaient la lumière. Jamais reconnu, rarement considéré. C’est qui, déjà, lui ? Mais si, voyons, c’est Gérard Collomb, le gars quatre fois candidat à la mairie de Lyon, ben il a de la constance, c’est sûr, le Gégé.

Quarante ans à ramer (première candidature aux législatives dans le Rhône en 1973, à l’âge de 26 ans), à se trouver un style, appris à faire rire, enlevé ses lunettes, posé en santiags et une guitare à la main dans les journaux, répondu à des questions sur sa vie amoureuse, fait savoir qu’il n’était pas homo mais que la question le faisait sourire, qu’il aimait Eddy Mitchell et « Les tontons flingueurs », tout ça pour se faire élire maire de Lyon (2001), avoir un « destin national », et le voilà maintenant qui déchante.

A peine nommé Place Beauvau, voilà que Collomb a des états d’âme. Ras le bol de jouer les méchants flics, veut plus être pris pour le « facho de service », le chasseur de migrants. Il a, comme les autres, un petit cœur qui bat.

Ras le bol de voir Edouard Philippe recevoir les associations, faire le gentil gars, l’humaniste, alors que lui reste cantonné au registre de la mâchoire serrée et de la poignée de main ferme. C’est comme ça, Gégé, la Place Beauvau, c’est pas folichon, on a le choix entre le style mafieux ombrageux à la Pasqua, le descends-si-t’es-un-homme à la Sarko, la mine éternellement constipée, au bord de l’explosion, comme Valls, ou le placide qui ne fait que passer, comme Cazeneuve.

Trahisons en chaîne

[…]  … Pour décrocher le gros lot, il n’a pas ménagé ses efforts. Macron, snobé par les socialistes à La Rochelle, est l’invité d’honneur de son université d’été des réformistes à Léognan en 2015.

Rien n’est trop beau pour son nouveau héros. Collomb organise, à l’été 2016, un apéro géant de plus de 800 personnes à Lyon. […] Dans la foulée, Collomb officialise ses sentiments. Macron, c’est le « nouveau Kennedy français ». […]

Le rôle de sa vie

Le ministre de l’Intérieur a montré toutes ses qualités dans ce qu’il aime appeler son « laboratoire lyonnais ». Elu grâce aux divisions de la droite lyonnaise, au soutien d’un Raymond Barre qu’il dragua avec habileté et constance dans les dernières années de son mandat, et en expliquant à qui voulait l’entendre qu’il n’était pas vraiment socialiste mais « pragmatique », Gégé Collomb a très vite sorti la schlague.

[…] Ce farouche adversaire du cumul des mandats fut à la fois maire, président de la métropole du Grand Lyon et sénateur. Un sénateur qui brillait par ses absences.

Il a fait nommer à la tête de « sa » ville un maire qui lui doit tout, et qu’il appelle plusieurs fois par jour. Sa femme, Caroline, devenue « référente » En marche ! dans le Rhône, « fait la loi » à la mairie, racontent les élus lyonnais.

En quinze ans, il a eu le temps de laisser sa marque sur la ville : caméras de surveillance omniprésentes, arrêtés anti-mendicité, mesures anti-pauvres et anti-prostituées… […] … il s’est félicité de ce réveillon 2017 « pacifié »… où l’on compte plus de véhicules brûlés que l’année dernière et davantage de gardes-à-vue. Le lendemain, changement de registre. Le voilà qui dénonce une « société de la violence ». […]Dessin de Aurel


Anne-Sophie Mercier – Le canard enchaîné 03 Janv. 2018 (Extrait)