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Sur la vaccination obligatoire …

Tout enfant né en France à partir du 1er janvier 2018 devra obligatoirement recevoir avant ses 2 ans onze vaccins, contre trois auparavant. Désireux de rappeler les bienfaits incontestables de ce mode de prévention, le gouvernement recherche l’efficacité. Mais la volonté de clore le débat scientifique et politique pourrait au contraire relancer les soupçons qui l’empoisonnent, en renvoyant chacun à ses certitudes.

Les enfants non vaccinés n’auront plus accès aux établissements d’accueil collectifs à compter du 1er juin 2018. Les sanctions à l’égard des parents réfractaires ne relèveront plus du code de la santé publique spécifique à la vaccination, mais du code pénal relatif à la santé de l’enfant, qui prévoit une peine beaucoup plus lourde (deux ans de prison et 30.000 euros d’amende).

La ministre des solidarités et de la santé Agnès Buzyn assume pleinement ce tournant autoritaire. [….]

Douche froide

Avec cette nouvelle politique, le gouvernement entend répondre à une injonction du Conseil d’État, qui, le 8 février 2017, demandait à la ministre de prendre les mesures « dans un délai de six mois » pour remettre sur le marché un vaccin DTP (diphtérie, tétanos, poliomyélite) seul (3). […]

Pour se conformer à la loi, les parents voulant vacciner leurs enfants contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite n’avaient pas d’autres choix que de lui voir associer jusqu’à trois souches non obligatoires (coqueluche, hépatite B, Haemophilus influenzae B). Mais, plutôt qu’obliger les laboratoires à fournir le DTP seul, la nouvelle ministre a choisi de rendre les autres vaccins obligatoires.

C’est la douche froide pour les citoyens qui avaient saisi le Conseil d’État en 2015. Comme pour plus d’un million de personnes signataires d’une pétition réclamant le retour du DTP seul et sans adjuvant à base d’aluminium. [….]

Pour justifier sa décision, Mme Buzyn s’appuie sur les conclusions du comité d’orientation de la concertation citoyenne sur la vaccination, dont le fonctionnement a été dénoncé comme « une véritable opération de propagande (…) menée pour inciter les Français à se vacciner » par l’ancien secrétaire général de la Conférence nationale de santé Thomas Dietrich.

Lors de sa démission fracassante, le 19 février 2016, ce haut fonctionnaire s’était alarmé des conséquences de l’absence de démocratie sur les questions de santé : « De plus en plus de parents renonceront à vacciner leurs enfants, prédisait-il, faute de pouvoir disposer d’une information qui ne soit pas entachée du soupçon de la partialité et du conflit d’intérêts avec les laboratoires pharmaceutiques » (4).

De fait, l’agence de presse médicale APMNews révélait quelques mois plus tard, en décembre 2016, que trois médecins du comité d’orientation avaient déclaré des liens d’intérêts avec des laboratoires commercialisant ou développant des vaccins, et que l’un d’eux n’avait « pas mentionné une dizaine de conventions avec MSD, huit avec Sanofi et des avantages avec ces deux laboratoires et Pfizer (5) ». Il apparaissait également que le président du comité, M. Alain Fischer, n’avait pas noté dans sa déclaration publique d’intérêts avoir reçu, en 2013, un prix Sanofi-Institut Pasteur de 100 000 euros. […]

Pour justifier sa mesure, la ministre de la santé a aussi plusieurs fois évoqué « une couverture vaccinale qui ne cesse de baisser ». Mais les données officielles de Santé publique France indiquent le contraire : en 2015, la couverture des enfants de 2 ans contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, la coqueluche et Haemophilus influenzae B dépassait les 95 % (alors qu’elle oscillait entre 87 et 91 % entre 2000 et 2013). Inférieures, les couvertures pour les autres vaccins progressaient également (6). En outre, confirme l’organisme, la primo-vaccination du nourrisson (98 % ou plus) est « très élevée et conforme aux objectifs de santé publique ». D’après le « Baromètre santé 2016 » — soit avant l’obligation —, seuls 2 % des Français étaient opposés à toute vaccination, et 41 % à certaines (grippe et hépatite B en tête). Ils étaient 53 % en 2010.

Radicalisation du discours

« Des enfants meurent de la rougeole aujourd’hui en France. Dans la patrie de Pasteur, ce n’est pas admissible », déclarait le premier ministre Édouard Philippe dans son discours de politique générale de juillet 2017 en évoquant les dix morts survenues entre 2008 et 2016. Le Collège national des généralistes enseignants (CNGE), pourtant farouche défenseur de la vaccination, lui a répondu : « D’autres exemples sanitaires pourtant bien plus graves n’entraînent pas à juste raison une telle posture autoritaire. » En apportant cette précision : la majorité des personnes mortes de la rougeole souffraient « d’un déficit immunitaire contre-indiquant de fait cette vaccination ».

Il n’y avait donc pas d’urgence sanitaire. […]

Autre époque, autre affaire : les ratés de la campagne de vaccination massive contre l’hépatite B dans les années 1990. La communication agressive, voire mensongère, des laboratoires sur les dangers de la maladie, reprise par les pouvoirs publics jusque dans les collèges, avait conduit le tiers de la population à se faire vacciner, largement au-delà des adolescents, ciblés au départ. Puis, en 1998, face à l’augmentation de cas de sclérose en plaques rapportés à la pharmacovigilance, le secrétaire d’État à la santé Bernard Kouchner avait décidé de suspendre la vaccination scolaire et de la limiter chez les adultes aux personnes « à risque », en la conservant chez le nourrisson. La controverse, doublée de feuilletons judiciaires, ne s’est jamais éteinte. Après dix-sept ans d’instruction, la justice française a rendu, en mars 2016, un non-lieu dans l’enquête sur le vaccin contre l’hépatite B. En l’absence de « causalité certaine », la juge, suivant les réquisitions du parquet, n’a pas retenu de faute d’imprudence ou de négligence, tandis que les parties civiles déploraient « une volonté de ne pas aboutir » (11).

Mais, le 21 juin 2017, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) ouvrait une brèche pour des poursuites après la plainte d’une personne victime d’une sclérose en plaques contre Sanofi Pasteur, qui produit le vaccin contre l’hépatite B : « Nonobstant la constatation que la recherche médicale n’établit ni n’infirme l’existence d’un lien entre l’administration du vaccin concerné et la survenance de la maladie dont est atteinte la victime, certains éléments de fait invoqués par le demandeur constituent des indices graves, précis et concordants permettant de conclure à l’existence d’un défaut du vaccin et à celle d’un lien de causalité entre ce défaut et ladite maladie (12).  » Les présomptions restent à l’appréciation du juge, et la Cour de cassation a rejeté le 18 octobre 2017 les preuves rapportées par deux victimes (13).

Dans un autre registre, le Conseil d’État a reconnu, en 2012, un lien entre l’aluminium d’un vaccin et les symptômes de la myofasciite à macrophages, une maladie touchant les muscles et les articulations. Le professeur Romain Gherardi, spécialiste des maladies neuromusculaires, a mis en évidence cette liaison chez certaines personnes, avec une possible prédisposition génétique. Ses récents travaux ont réveillé la controverse sur la toxicité de l’adjuvant aluminique (utilisé dans les vaccins pour optimiser leur efficacité), comme ceux très récents du professeur Christopher Exley établissant un lien possible avec l’autisme (14). […]


Leïla Shahshahani- Journaliste – Le monde Diplomatique – Titre original « Vaccinations obligatoires, le débat confisqué » –  Source (Extrait)


Note – Étant donné que cet article ne comporte que des extraits,  il est possible que certaines références n’est pas de lien.

  1. France Inter, 15 septembre 2017.
  2. Au vaccin trivalent contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (DTP) s’ajoutent ceux contre la coqueluche, l’hépatite B, la rougeole, les oreillons, la rubéole, Haemophilus influenzae B, le méningocoque C et le pneumocoque.
  3. Conseil d’État, « B… », décision no 397151 sur la vaccination obligatoire, 8 février 2017.
  4. Thomas Dietrich, « Démocratie en santé. Les illusions perdues» (PDF), contribution au rapport de l’Inspection générale des affaires sociales sur le pilotage de la démocratie en santé au sein du ministère des affaires sociales et de la santé remis le 19 février 2016.
  5. « Concertation citoyenne sur la vaccination : démocratie sanitaire et indépendance mises en question», APMNews, 2 décembre 2016.
  6. Pneumocoque, 91 % ; hépatite B, 88 % ; ROR, 78 % ; méningocoque C, 70 %.
  7. Philippe Sansonetti, Pourquoi ils sont indispensables, Odile Jacob, Paris, 2017.
  8. Lise Barnéoud, Immunisés ? un nouveau regard sur les vaccins, Premier Parallèle, Clamecy, 2017.
  9. « Vaccination : comment restaurer la confiance ?», Ordre national des médecins, juin 2017.
  10. « Rapport de la commission d’enquête sur le rôle des firmes pharmaceutiques dans la gestion par le gouvernement de la grippe A (H1N1)v », Sénat, 29 juillet 2010.
  11. Le Monde, 14 mars 2016.
  12. Cour de justice de l’Union européenne, affaire C-621/15, « N. W. e. a. contre Sanofi Pasteur MSD SNC e. a.», arrêt du 21 juin 2017.
  13. Cour de cassation, « Santé publique – responsabilité du fait des produits défectueux – Union européenne », arrêts n° 1099 et n° 1101 du 18 octobre 2017.
  14. Christopher Exley, Andrew King, Matthew Mold et Dorcas Umar, « Aluminium in brain tissue in autism», Journal of Trace Elements in Medicine and Biology, 46, Elsevier, Amsterdam, mars 2018 (en ligne depuis le 26 novembre 2017).
  15. Blog de Jean-Yves Nau, Journalisme et santé publique, 22 juin 2017.
  16. Daniel Floret, « Comment faire de la pédagogie autour du vaccin ? », Actualité et dossier en santé publique, no 71, Haut Conseil de la santé publique, Paris, juin 2010.
  17. Paolo Bellavite, « Scienza e vaccinazioni. Plausibilità, evidenze, deontologia» (Science et vaccinations. Plausibilité, évidences, déontologie), texte adressé aux ordres provinciaux des médecins et aux responsables de la santé publique d’Italie.
  18. « Medicines in development, 2017 report. Vaccines», America’s Biopharmaceutical Companies, 9 novembre 2017.