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Une circulaire du ministère de l’Intérieur et un projet de loi de ce même ministère frisent l’abject.

Ainsi la circulaire enjoint aux services de police d’effectuer un véritable tri parmi les personnes qui sont hébergées par les associations dans des centres en expulsant de ces lieux toutes celles qui n’ont pas de papiers en règle, sans qu’elles aient de possibilités de recours. Or il s’agit d’un droit fondamental reconnu par les droits français et européen ainsi que par la jurisprudence. A Nîmes, on a vu des migrants être expulsés par avion alors que l’audience du tribunal administratif qui devait statuer sur leur sort n’était pas terminée !

Les associations qui s’occupent des migrants s’insurgent, à juste raison, contre des injonctions qui leur font jouer un rôle de supplétifs de la police, ce qui n’est évidemment pas leur fonction.

Le projet de loi du ministre Collomb a soulevé une vive opposition y compris au sein même du groupe parlementaire La République en marche. Collomb a dû faire marche arrière sur la notion de renvoi des demandeurs d’asile dans des « pays tiers sûrs » avant même que les dossiers de demande ne soient instruits dans notre pays ! Ce qui apparaissait comme ayant de fortes chances d’être retoqué par le Conseil d’Etat.

Le ministre poursuit néanmoins dans sa volonté d’allonger les délais de rétention des personnes sans papiers en portant la durée de la rétention administrative de 45 jours à 90 jours voire jusqu’à 105 jours. La privation de libertés devient dans une telle démarche le moyen de pression pour expulser des personnes.

Tout cela n’est pas conforme à la tradition d’accueil et de respect des droits des personnes dans notre pays. La question des migrants ne peut se réduire à l’obsession du chiffre des expulsés en cédant aux pressions de la droite et de l’extrême droite. Est-on proche « des rafles » pour faire monter ce chiffre ?

Notre pays aurait alors perdu son âme !


La lettre de Patrick Le Hyaric  du 23 dec 2017

Le mouvement mondial de creusement des inégalités s’amplifie au rythme du déploiement d’un capitalisme assoiffé de dividendes, qui se nourrit goulûment des coups portés à L’Etat social, de l’abandon progressif des politiques publiques, du travail précaire en voie de généralisation, de bas salaires, du saccage des services publics et de l’exploitation des ressources naturelles. Tout ce qu’est en train d’accélérer M. Macron… Rendons grâce à la centaine d’économistes réunis pour la rédaction d’un volumineux et important rapport (1) d’apporter la preuve du désastreux mouvement en cours. Leur travail, chiffré et riche de milliers de données, permet d’étayer une réalité que des millions d’entre nous ressentons chaque jour avec force.

Il démontre le transfert massif du patrimoine public, celui de tous au bénéfice de tous, vers les patrimoines privés, au nom des théories fumeuses comme celle avancée par le Président de La République des « premiers de cordée », ces grandes fortunes auxquelles il faudrait tout concéder – baisse de la fiscalité sur le capital, suppression de l’impôt sur la fortune, et autres « cadeaux » – pour que la croissance reprenne.

Ainsi les patrimoines privés ont plus que doublé en 40 ans quand les patrimoines publics ont été divisés par deux. Cela se traduit concrètement par moins de services publics, des systèmes de santé au rabais, des privatisations massives dans les secteurs clefs, ou encore des systèmes de retraites laissés aux mains de la finance par le biais de retraites par capitalisation. Si la tendance ainsi dessinée se poursuit, ce dont le rapport s’inquiète, les plus pauvres seront condamnés à le rester et les classes dites « moyennes » à les rejoindre. Tel est d’ailleurs déjà l’obscur chemin ouvert.

Il est désormais prouvé que la croissance sous le règne néolibéral ne sert d’aucune manière l’intérêt général mais vient gonfler les portefeuilles d’une minorité chaque jour plus infime. Cette injustice fondamentale de la marche du monde provoque un peu partout des réactions de défiance envers les institutions censées garantir l’intérêt général. L’abstention massive comme la réponse populiste, qui prend selon les pays des formes variées et plus ou moins inquiétantes, sont autant de réactions à cette confiscation des fruits du travail par une oligarchie arrogante qui cadenasse ses positions de pouvoir en dépolitisant les choix politiques et de de gestion. Ainsi l’idée même de démocratie se retrouve minée.

Face au ressentiment légitime des populations et des travailleurs, il convient de porter une dynamique populaire, fondamentalement progressiste et internationaliste pour construire sur des bases clairement affirmées une riposte sociale, démocratique et écologique. Comment ne pas voir qu’il s’agit d’une tâche dévolue à la gauche ? C’est à dire à une force politique populaire bâtie sur l’alliance des libertés humaines, de la lutte pour l’égalité sociale, de la justice environnementale, de la fraternité et de l’internationalisme. Les travailleurs français ont tout intérêt, dans une économie mondiale imbriquée comme la nôtre, à l’élévation générale du niveau de vie de tous les travailleurs du monde qui participent de la mondialisation des échanges et de la production. Si elle doit pouvoir s’appuyer sur les institutions nationales, la lutte de classes a un horizon intrinsèquement international qui se manifeste aujourd’hui plus encore qu’hier. D’autant que le rapport montre l’accroissement vertigineux des inégalités dans tous les recoins du globe, singulièrement dans les pays dépourvus d’institutions sociales.

Toutes celles et ceux qui créent la richesse de nos sociétés doivent refuser « la concurrence », s’allier pour obtenir des outils de régulation économique et d’égalité sociale, et les pousser à un nouveau degré d’efficacité sociale, condition de l’efficacité économique. Ce qui permet aux pays européens de résister peu ou prou à la lame de fond inégalitaire est précisément ce que l’Union européenne, avec la complicité des gouvernements, s’acharne à détruire : des institutions sociales, des systèmes de santé publique, des services publics variés et modernisés, des retraites par répartition ; tout ce qui, en somme, est rendu possible grâce à la socialisation d’une partie importante des richesses produites et qui échappent ainsi à la voracité de l’appropriation capitaliste.

Dès lors que le constat que nous avançons depuis des lustres commence à être partagé, pourquoi diable les solutions que nous préconisons ne pourraient faire ne serait-ce que l’objet d’un débat : appropriation publique et sociale des grandes banques, maîtrise d’œuvre publique et sociale des grands moyens de production, développement de nouveaux services publics et de la cotisation sociale pour financer de manière égalitaire les soins et les retraites, création d’une branche supplémentaire de la sécurité sociale pour les personnes les plus âgées, fiscalité réellement progressive, nouveaux critères de gestion des entreprises soumises à leur responsabilité sociale, écologique et territoriale. Autant de pistes opposées à la contre-révolution capitaliste à l’œuvre.  Aux travailleurs et à tous les citoyens persuadés que l’heure est à faire éclore un monde nouveau de s’allier et de mener le combat jusqu’au cœur des institutions existantes pour les transformer. Il s’agit d’un enjeu de civilisation.


  • Rapport sur les inégalités mondiales 2008 du World Wealth and Income database (WID)

Patrick Le Hyaric – Source