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 D’un château l’autre, de l’Élysée à Chambord et retour, Jupiter caracole. Il fait un jour le guide, l’autre le visiteur. Quand il fête « en même temps » Noël en famille et l’anniversaire de ses 40 ans chez François Ier, il ne chôme pas.

Il loue une salle du château mais dort (« peu ») dans le gîte rural voisin. Il va saluer les chasseurs du château et leurs trophées, mais seulement après avoir caressé le panda rendu célèbre par son épouse dans le zoo d’à côté. Et il décline le cuissot de sanglier grand veneur pour aller manger des crêpes au sucre dans la crêperie du coin. Le enmêmetantisme appliqué, c’est un métier !

Il faut savoir doser : une pincée d’ami des animaux pour édulcorer le tableau de chasse et une chambre d’hôte et des crêpes populo pour compenser la symbolique monarchique du « président des riches » au château. Surtout après la publication des patrimoines d’un gouvernement de 12 millionnaires, où l’on notera au passage que la ministre la plus riche est celle du Travail et le plus fauché celui du Budget. Mais, pour Macron, pas besoin de reprendre des crêpes, la soupe est servie à l’Élysée. Avec visite guidée en prime à la télé !

Là, l’occupant des lieux s’est converti en guide du château, il a joué de l’interview debout comme d’autres jouent du piano. « Interview » est peut-être un grand mot, tant cet entretien en marche et cire-pompes relevait plus de l’encaustique que du caustique. Mais il est vrai que la télé de service public, que le châtelain Macron aurait récemment qualifiée de « honte de la République », pensait avoir beaucoup à se faire pardonner.

Elle n’en a pas moins eu droit à des critiques sur son architecture », qui reste structurée « un peu sur le monde d’avant ». Un peu, seulement, car la grande modernité de l’interview-visite guidée date d’avant l’ORTF, avec Guy Mollet (1956) et Jackie Kennedy (1962). Mais, François Ier à Chambord, c’était bien avant encore.

Certes, malgré la diffusion de « Camping » dans la foulée, l’entretien présidentiel a fait moins d’audience que le JT de TF1. Il n’empêche qu’en matière de sondages de popularité Macron Ier survole la concurrence, comme il a survolé l’actualité. Dans sa déambulation avec Laurent Delahousse, il n’a pas annoncé grand-chose de nouveau, à part la guerre contre Daech, « gagnée d’ici mi, fin février », et une « grande réflexion » sur l’audiovisuel public « au début de l’année prochaine ». Mais, dans sa remontée des sondages de popularité, il piétine ses prédécesseurs.

Il ne s’est pas privé de les regarder du haut de son autosatisfaction télévisée. « Je fais ce que j’ai dit, ça faisait peut-être longtemps que ce n’était pas arrivé. » Après être descendu plus vite qu’eux, il a réalisé, dans deux sondages effectués une semaine après les hommages à Ormesson et à Johnny, une spectaculaire remontée, au-delà des 50 % de satisfaits, ce qui ne s’était vu jusque-là qu’en temps de guerre ou d’attentats.

Il faut dire que, au-delà des raisons précitées, celui qui assume « une part solitaire dans l’exercice du pouvoir » n’est pas trop contrarié par des opposants. Entre la « haine » de Laurent Wauquiez, qui ne l’atteint pas plus qu’elle ne fait « manger les Français », l’inertie du PS, hors-jeu car hors d’état, et les sorties sans guère plus d’effets de Mélenchon et de Le Pen, le terrain, en cette fin d’année, est plutôt dégagé.

Pour l’immédiat, pas d’opposition et des sondages au plus haut, c’est un peu, pour lui, la vie de château !


Erik Emptaz – Titre original « Plus d’une corde à monarque » – Le canard enchaîné – 20 déc. 2017


Et puis ce rappel d’une interview récente,

ou chacun jouait un rôle surfait …