Mots-clés

, , , , , ,

Dans les soubassements d’une nouvelle configuration au Proche et au Moyen-Orient, Jérusalem est prise en otage. Le projet d’un État palestinien en serait la première victime à moins que ne se lève dans le monde un puissant mouvement en faveur du droit international.

La nouvelle alliance Arabie Saoudite-Israël-Etats-Unis, constituée contre l’Iran, pourrait aboutir à une terrible déflagration si les forces humanistes et de paix ne parvenaient pas à bloquer le bras armé d’inquiétants aventuriers. C’est en lien avec cette nouvelle stratégie agressive qu’il faut comprendre le nouveau plan israélo-américain.

Non seulement, il tourne le dos au droit international, mais il prend le contre-pied de ce que furent les propositions israéliennes et nord-américaines depuis plus de vingt ans comme celles de ce qu’on a appelé « le plan de paix de l’Arabie Saoudite ».

En vérité, un plan secret est en négociation depuis le mois d’octobre visant à faire  accepter à l’Autorité palestinienne l’idée d’un prétendu Etat découpé en petits « cantons », sans liens entre eux, avec une souveraineté limitée, tandis que Jérusalem serait la capitale d’un « nouvel Israël », annexant la quasi-totalité des territoires occupés.

Le droit au retour serait impossible. Abu Deiz, un quartier de Jérusalem situé derrière l’ignoble mur de séparation, serait décrété capitale de la Palestine. Capitale « en fragments » pour un état-croupion !

Ce plan est l’œuvre des deux envoyés de M. Trump en Israël depuis le début de l’automne : son gendre Jardel Kushner et Jason Greenblatt, deux personnages directement impliqués dans la colonisation israélienne et très proches de l’ultra-droite nationaliste israélienne.

Rien à voir donc avec de prétendues écritures bibliques datant de trois mille ans mais tout à voir avec le passage à la broyeuse à papier du droit international. Avec pour conséquences, les souffrances et le désespoir des populations palestiniennes et une insécurité à perpétuité pour celles d’Israël.

Jérusalem est reconnue comme sainte par les chrétiens, les juifs et les musulmans. Elle fait l’objet de nombreuses résolutions des Nations-Unies qui visent à garantir une solution à deux Etats, séparant Jérusalem Ouest et Est en deux entités, l’une sous souveraineté israélienne, l’autre sous souveraineté palestinienne. L’unilatérale décision de M. Trump installe la question religieuse au cœur d’un éventuel processus de reconnaissance d’une Palestine sans aucune existence souveraine réelle.

Quelle humiliation pour les Palestiniens, qui n’en peuvent plus du sort qui leur est réservé, comme pour le monde arabe après celles qui leur ont été infligées avec les guerres en Afghanistan, en Irak, en Syrie et au Yémen, sous l’entremise de l’Arabie Saoudite !

Mais quelle humiliation aussi pour une France qui jusque-là n’avait cessé de se placer du côté du droit international ! Quelle humiliation enfin pour l’Organisation des Nations-Unies dont le président des USA bafoue tous les textes pour gagner les élections à mi-mandat qui approchent !

Le monde doit désormais composer avec les calculs sordides d’un président états-unien qui manie le lance-flamme dans son pays comme en dehors, risquant d’enfoncer le monde dans un irréversible chaos. Il semble bien en effet que sur tous les sujets, Trump soit décidé à respecter ses promesses ahurissantes de campagne, de la question climatique qu’il ignore en obscurantiste, à celle des migrants qu’il méprise en raciste, en passant par l’amorce de sécurité sociale proposée par M. Obama qu’il rature en milliardaire démagogue et celle du Proche-Orient qu’il aborde en néoconservateur évangéliste.

C’est l’alternative entre la paix ou d’effroyables déflagrations aux répliques planétaires qui est en jeu au Proche et au Moyen-Orient. Beaucoup se joue autour de la Palestine et de la capacité qui lui est donnée de devenir un véritable Etat viable, débarrassé de la colonisation israélienne et souverain sur ses frontières, avec Jérusalem-Est comme capitale, conformément au plan de partage édicté par l’ONU en 1967.

Certes, le combat est difficile et encore d’avantage après la décision de Donald Trump. Mais il n’y a pas d’alternative et les risques à ne pas le mener seraient encore bien plus périlleux. Désormais, il concerne le monde entier tant les allumettes craquées ces derniers jours peuvent conduire à un embrasement dont personne n’imagine même l’issue. La solidarité multiforme doit donc sans attendre reprendre de la vigueur et de l’ampleur.

La vie insupportable des palestiniens occupés, condamnés à vivre claquemurés entre le mur de séparation, les checkpoints et les colonies, les ratonnades de la police et de l’armée israélienne, tout cela constitue un terreau propice à la confessionnalisation de la lutte de libération nationale, alors que le nouvel allié d’Israël et des Etats-Unis, l’Arabie Saoudite, est le pays qui finance un « Islam » intégriste, celui d’où est sorti Ben-Laden ou les quinze terroristes qui ont foncé dans les tours du World Trade Center. C’est le plan du « grand Israël » et de l’Etat confessionnel voulu par le gouvernement de droite extrême de M. Netanyahou qui est en germination.

En arrière-fond de la décision états-unienne plane bien l’ombre d’une recomposition de l’ensemble du Moyen-Orient, après plus de dix ans de guerre inaugurée en Irak par les mêmes fauteurs de troubles qu’aujourd’hui. Il s’agirait de brader une Cisjordanie émiettée à l’Autorité palestinienne pour coaliser au plus vite le monde sunnite, avec le régime fondamentaliste d’Arabie Saoudite en tête, en vue d’un affrontement avec un Iran sorti grand gagnant de l’imbroglio militaire contre Daesh.

La France, attendue et espérée par les progressistes de la région, a une fenêtre historique pour peser en faveur du droit international. L’Union européenne peut se placer du côté de ce droit en déclenchant notamment l’article 2 de son accord d’association avec Israël pour le suspendre. Suivre les Etats-Unis serait prendre le risque d’un chaos mondial. L’heure est trop grave pour laisser les incendiaires garder la main.


Patrick le Hyaric Député européen – Source