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Un peu de géopolitique pour comprendre pourquoi – entre autre – le Donald de la Maison Blanche des US, s’est engagé sur Jérusalem … C’est une vrai partie de jeu de GO qui se passe dans le Moyen-Orient … L’Iran cherchant à tirer quelques profits de ses participations a l’élimination de Daesh en profite pour « encercler Israël et mettre sous l’éteignoir l’Arabie Saoudite dont le rôle avec l’État Islamique (EI) est loin d’être clair. MC

 

Avec les victoires des armées gouvernementales syriennes et irakiennes et la rébellion des rebelles Houthis au Yemen, la position de l’Iran s’est indéniablement renforcée au Moyen-Orient.

  • Suite à la décision prise par Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, le président des Etats Unis a pu être accusé de renforcer la position de Téhéran dans la région. Selon un article publié le 21 novembre dernier par Foreign Policy « Téhéran est en train de gagner la guerre pour le contrôle du Moyen Orient ». Cette situation d’hégémonie régionale se traduit-elle dans les faits ? En quoi l’Iran afficherait aujourd’hui une position « d’encerclement » de la région ? Quelles sont ces positions ?

Je pense qu’il est faux de parler d’hégémonie régionale de l’Iran. Ce qui est une réalité est que la position régionale de l’Iran s’est renforcée ces dernières semaines avec les victoires des armées gouvernementales syriennes et irakiennes. L’Iran a été un acteur décisif dans ces deux conflits.

En Irak, les Iraniens ont envoyé des groupes de Pasdaran qui ont encadré les milices chiites qui ont joué un rôle décisif dans la lutte contre Daech.

En Syrie, les Pasdaran ont également encadré les milices chiites qui ont également, avec le Hezbollah, été un acteur déterminant (avec l’aviation russe) dans les victoires contre les groupes d’opposition, et notamment Al Nosra et Daesh.

  • Cela signifie-t-il que l’Iran contrôle la région ?

Il est vrai que les Iraniens tiennent à développer une influence en Irak parce qu’ils veulent absolument qu’un pouvoir chiite gouverne ce pays. Les Iraniens n’ont pas oublié les huit ans de guerre avec l’Irak de Saddam Hussein. Par ailleurs, les autorités irakiennes savent ce qu’elles doivent à l’Iran dont l’aide, on vient de le dire, a été décisive dans la lutte contre Daesh. Mais, d’un autre côté, il existe un nationalisme irakien.

Les sunnites irakiens (près de 25 % de la population) vont rester opposés à la présence iranienne mais même chez les chiites Irakiens, on peut penser qu’il y a une réticence à une trop grande présence iranienne. Il faut noter également que le chef religieux des chiites irakiens, l’Ayatollah Sistani, s’est toujours ainsi opposé au principe de velayat-e faqih qui, en Iran, légitime la supériorité du religieux sur le politique.

Les iraniens savent qu’également, à terme, l’Irak devra également développer des relations économiques et politiques avec l’Arabie Saoudite. On voit donc que même si les chiites représentent la majorité de la population irakienne (plus de 50 %), il est faux de dire que l’Iran contrôle l’Irak.

L’Irak est donc important pour l’Iran car les Iraniens veulent qu’un gouvernement chiite contrôle l’Irak. L’Irak est également devenu le deuxième marché de l’Iran pour ses exportations non pétrolières, ce qui signifie que l’Iran, qui doit développer ses exportations non pétrolières, a besoin de stabilité dans la région. Donc, il y a une influence iranienne en Irak, qui a ses limites et se réduira à terme.

  • Très clairement, l’aide iranienne a été décisive dans la victoire des forces gouvernementales en Syrie. Que va faire l’Iran de cette victoire ?

Il est trop tôt pour le dire. Les autorités iraniennes et notamment le ministre des affaires étrangères, Mohammad Djavad Zarif, répètent que ce sera à la population syrienne de décider à terme qui seront ses dirigeants. Néanmoins, on sait également que les Iraniens  voient la Syrie comme un pays clé pour soutenir le Hezbollah. On sait également que les Pasdaran veulent établir des bases militaires en Syrie.

  • Quelle va être l’influence iranienne en Syrie ?

Elle sera sûrement importante mais tout dépendra du déroulement des négociations futures pour la mise en place d’un nouveau pouvoir en Syrie. Par ailleurs, il faudra voir quelles seront les relations à terme entre le « nouveau » pouvoir syrien et l’Iran.

Enfin, au Yémen, si l’Iran soutient officiellement les Houthis, cette aide reste a priori, très limitée. Le soutien aux Houthis est pour les Iraniens un moyen de faire pression sur l’Arabie Saoudite. Mais très clairement, il n’existe pas de plan iranien de contrôler à terme le Yémen.

Plutôt qu’une prise de contrôle du Moyen-Orient par l’Iran, il faut plutôt parler d’échec de la stratégie saoudienne dans leur affrontement géopolitique avec l’Iran. […]


Interview de Thierry Coville Titre original : « Comment l’Iran est en train de réussir sa patiente stratégie d’encerclement d’Israël et de l’Arabie saoudite » lu dans la lettre IRIS N°656 (Extrait) – Lien