Mots-clés

, , , , , , , , ,

Les extraordinaires résultats obtenus à l’exportation — entre 2012 et 2016, les ventes d’armes françaises sont passées de 4,8 à quelque 20 milliards d’euros — enchantent nos fabricants.

Une étude réalisée par le Conseil des industries de défense permet, en effet, d’envisager la création de 40 000 emplois d’ici à 2020 pour satisfaire nos clients en leur fournissant le meilleur de la technologie tricolore. Grâce soit donc rendue à l’excellent vendeur et démarcheur Jean-Yves Le Drian, socialiste et ancien ministre de la Défense, avant de devenir patron (En marche !) du Quai d’Orsay. Grâce soit aussi rendue aux présidents Sarkozy, Hollande et Macron, pour leur attitude complaisante à l’égard de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, acheteurs compulsifs d’armements et, notamment, du savoir-faire français.

En octobre, deux hauts responsables de l’ONU avaient noté dans leurs rapports que les avions (américains et français) de ces deux États pétroliers bombardaient et saccageaient un pays très pauvre, le Yémen, mais seuls quelques médias s’en étaient alarmés. D’autres esprits chagrins ont alors qualifié de « cobelligérante » la participation des Etats-Unis et de la France à cette méchante guerre, sans obtenir pour autant l’ouverture d’un débat à Washington ou à Paris. Rien d’étonnant : en vertu de quelle morale internationale devrait-on, en effet, tenir pour responsables ceux qui fournissent à de riches clients les moyens de semer la mort ?

La profession rejette toute responsabilité en ce domaine. Ses patrons ne cessent de souligner que cette industrie compte 165 000 salariés et que son avenir s’annonce radieux. Commandes, livraisons et embauches sont au programme des prochaines années.

Jeunes-vieux clients

Au tableau d’honneur, en compagnie de l’Arabie saoudite, ce très vieux client qui a pris à sa charge les 24 Rafale achetés par l’Égypte (qui en voudrait 12 de plus), on trouve les Émirats arabes unis. Leurs très aimables dirigeants ont demandé à Dassault de moderniser une soixantaine de Mirage 2000-9, qu’ils avaient acquis en 1986 et en 1988. « Notre groupe est un partenaire sans faille des Émirats depuis quarante ans », se réjouit, à cette occasion, Eric Trappier, patron du groupe Dassault. Lequel lorgne aussi du côté du Qatar et de l’Inde pour placer ses Rafale.

Emmanuel Macron doit se rendre prochainement au Qatar, cet autre excellent client de la France. Un contrat est en discussion entre Paris et Doha pour la livraison de 300 blindés et d’une vingtaine d’hélicoptères à l’infanterie de ce petit Etat. Autre agréable perspective, le Qatar pourrait ajouter 12 Rafale aux 24 qu’il a déjà commandés. Mais Dassault s’inquiète et compte beaucoup sur l’appui de Macron, car ses concurrents campent souvent à Doha. Les Américains ont ainsi vendu 36 avions de combat F-15 à l’aviation qatarie, et les Britanniques proposent de lui fournir 24 Typhoon à bon prix.

Un voyage en Inde figure également à l’agenda de Macron. Le 26 octobre, Florence Parly, la ministre des Armées, a été chargée de «préparer la prochaine visite présidentielle », comme s’en flattent ses conseillers. Au menu « indien » du chef de l’État, trois éventuels contrats : 36 Rafale, qui rejoindraient les 36 déjà commandés, 6 sous-marins et des canons de 155 (6 coups à la minute et une portée de 40 km).

Confirmation, s’il en était besoin, que les ventes d’armes sont, elles aussi, « en marche »…


Claude Angeli – Le Canard Enchaîné du 06 déc. 2017


Au palmarès des exportations d’armes, les Etats-Unis sont en tête, suivis de loin par la Russie.

La Grande-Bretagne et la France se disputent la 3e place.