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Pour Maria Neira de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), il faut insister sur les ravages sanitaires causés par la dégradation de l’environnement

  • Maria Neira, que pensez-vous du mot d’ordre retenu par l’assemblée des Nations unies pour l’environnement : aller  » vers une planète sans pollution  » ?

A l’OMS, cela fait longtemps que l’on travaille sur cette question. C’est l’union des forces de la santé et de l’environnement qui va nous permettre de mener cette bataille. Avec nos ministres de la santé, on répète que 12,6 millions de personnes meurent chaque année à cause d’un environnement dégradé. […]

  • Chaque semaine, une nouvelle étude paraît pour rappeler que la détérioration de la qualité de l’air tue des millions d’individus dans le monde. Mais la communauté internationale a-t-elle pris la mesure de l’urgence à agir ?

Non, pas encore. Et ce n’est pas faute d’avoir alerté, avec l’OMS, sur ces chiffres terribles : 6,5 millions de morts prématurées chaque année dans le monde sont liées à l’exposition à un air contaminé. [36 % des décès par cancer du poumon, 34 % par AVC et 27 % par infarctus sont liés à la pollution de l’air : ce sont ces chiffres terribles que les gens doivent avoir en tête]. On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas. […]

  • Comprenez-vous que la COP23 ait encore mis la pression sur les Etats au sujet de leurs engagements sur la réduction des gaz à effets de serre mais ne fixe aucun objectif en termes de pollution ?

Jusqu’ici, je crois que l’on s’est trompé dans notre communication en insistant surtout sur le climat et en négligeant les ravages sanitaires causés par la pollution. On a donné l’impression aux citoyens que le changement climatique était quelque chose de lointain, qui va arriver à la planète, toucher les glaciers mais pas eux, et qui va concerner les générations futures mais pas la nôtre. […]

  • Il faut donc changer d’approche ?

L’argument de la santé humaine peut être une locomotive pour accélérer le combat contre le changement climatique. […] Si on prend l’exemple de la Californie, c’était un Etat très pollué avec beaucoup de cas d’asthme et une croissance économique atone. Au nom de la santé, afin de diminuer les hospitalisations, la Californie a mis en marche une politique économique pour produire plus proprement, et la croissance a été renforcée. Et la Chine va nous le prouver à son tour : on peut avoir une croissance économique sans polluer. […]

  • En 2020, l’Europe doit abaisser la limite d’exposition aux particules fines PM2,5 mais à un taux encore deux fois supérieur aux recommandations de l’OMS. En fait-elle assez pour protéger ses citoyens ?

Plus on baisse le niveau de particules fines, mieux ce sera pour nous tous. A l’OMS, nous sommes plus exigeants. Et nous devrions l’être tous car il n’y a pas de niveau acceptable. Zéro émission, ce serait souhaitable. On est en train de réviser les standards de la qualité de l’air. Car l’Europe doit servir de modèle, de locomotive. On a la preuve scientifique aujourd’hui que les particules fines pénètrent dans les voies respiratoires mais aussi dans le système cardio-vasculaire. Actuellement, on est fixé sur les PM2,5 parce que c’est le sujet sur lequel on a le plus de données. Mais on va être de plus en plus ambitieux.

  • Les études scientifiques alertent depuis les années 1980 sur les dangers du diesel. Pourquoi a-t-il fallu attendre 2012 pour qu’il soit classé cancérogène par l’OMS ?

Promouvoir le diesel pour réduire les émissions de CO2 est peut-être une erreur qu’on a faite au nom du changement climatique. Malheureusement, il y a eu un impact dommageable sur la santé. […] Ce qui nous inquiète surtout aujourd’hui, c’est où va finir cette flotte de vieux véhicules diesel. Et j’ai déjà une petite idée : le marché asiatique et surtout africain vont être inondés. On va encore répéter ce cycle.


Propos recueillis par Stéphane Mandard ,Le Monde  – Titre original « On s’est trompé dans notre tactique pour combattre le réchauffement » Source (Extrait)