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L’Assistance publique-Hôpitaux de Paris vient de lancer une sorte d’avertissement sur résultats, via un courrier de la direction adressé au personnel ce jeudi [30/11/2017].

Dans cette missive à laquelle « Les Echos » ont eu accès, il est fait état d’une brusque dégradation du déficit prévisionnel en 2017, et de la nécessité de restructurer l’entreprise au cours des cinq prochaines années afin de pouvoir continuer à investir. Avec pour objectif le retour à l’équilibre en 2022.

Selon le projet de budget 2018, le déficit 2017 devrait s’élever à 174 millions d’euros pour le budget principal, à comparer aux 43 millions de 2016. Il se réduisait pourtant avec constance depuis quelques années. Mais 2017 est une année « atypique », souligne la direction dans son courrier, avec une progression de l’activité nulle en valeur, contre plus de 2 % ces dernières années. Les volumes de soin ont certes augmenté, mais les tarifs réglementés baissent.

En réalité, trois phénomènes exceptionnels se conjuguent. D’abord, un changement de règles comptables de provisionnement, avec un impact de 40 millions d’euros. Ensuite, une baisse des crédits pour les missions d’intérêt général, ce qui va grever de 15 millions d’euros les ressources, sur une enveloppe de 1,2 milliard. Enfin, la mollesse de l’activité hospitalière elle-même. Des lits ont dû être fermés notamment à Saint-Louis et à Bichat pour lutter contre des bactéries résistantes ; des chefs de service sont partis ; des patients ont dû être transférés au privé en raison d’un manque de lits d’aval ; on a traité moins d’affections sévères…

Face à ce trou d’air, la direction a prévu un plan de restructuration sur cinq ans. La masse salariale, qui progressait encore de 2,2 % par an en 2014 , et qui devrait être contenue à +1 % en 2017, devra voir sa hausse annuelle contenue à 0,65 % sur cinq ans. Dans son projet de budget, cela revient à trouver des économies équivalentes à 180 emplois équivalents temps plein en 2018 parmi le personnel non médical. « Ce n’est pas une trajectoire de suppression d’effectifs, il faut traduire cela en millions d’euros », souligne Catherine Sueur, directrice générale adjointe : la progression de la masse salariale devra être divisée par deux en 2018 par rapport à cette année, à 31 millions d’euros supplémentaires.

Dans un communiqué, la CGT parle de « la suppression de 1.200 postes » d’ici à 2022. Un chiffre que Catherine Sueur dément : « Nous avons d’autres leviers d’action que les suppressions d’emplois, comme de limiter les heures supplémentaires ou le recours à l’intérim, grâce à une meilleure organisation des plannings », explique-t-elle.  Le décalage d’un an décidé par le gouvernement de la revalorisation des grilles salariales (l’accord dit PPCR) va permettre d’économiser plusieurs millions d’euros. Il y aura des départs à la retraite non-remplacés.

En tout état de cause, il faudra « toucher le moins possible au lit du malade », autrement dit aux infirmiers, et « travailler sur les fonctions support ». Dans son courrier aux salariés, la direction explique qu’elle va faire le point sur les effectifs dans chacun des 650 services médicaux, pour « redéployer le cas échéant des moyens vers les services qui feront apparaître des effectifs insuffisants ».


Solveig Godeluck – Les Echos – Source