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Cette question souvent entendue traduit en réalité la peur que les choses changent, écrit cette journaliste. Il est pourtant urgent de revoir les règles de la communication entre collègues. Car le système actuel ne fonctionne pas.

“Que peut-on se dire aujourd’hui ?” C’est la question que se posent des gens qui souhaitent en toute sincérité entamer un dialogue épineux sur la façon de repenser nos relations de travail, maintenant que plus personne ne peut ignorer les répugnants travers du système actuel.

Il y a quelque chose d’un peu absurde dans cette question : comme si, privés des moyens d’abuser de nos collègues, nous allions nous trouver à court de sujet de conversation […] Pour beaucoup d’hommes, c’est le début d’un long et laborieux processus consistant à examiner leur propre comportement et le fait que certaines attitudes confortent en réalité une culture qu’ils prétendent condamner.

Mais cette question dissimule encore autre chose. Une certaine peur du changement, probablement, mais aussi le début d’une crainte : l’idée que les femmes qui expriment aujourd’hui leur colère vont trop loin et que des hommes aux intentions parfaitement innocentes risquent d’être portraiturés en monstres par des femmes trop sensibles qui ont perdu le sens de la mesure. […]

Les “règles” de la communication sont-elles obsolètes ?

Cette question – “que peut-on se dire aujourd’hui ?” – dissimule aussi un problème de communication. Certains ont peur qu’un geste ou un mot innocent, mal interprété, ne se transforme en incident signalé aux RH, en rumeur virale et anonyme ou en scandale sur Twitter.

Nous devons absolument arriver à nous parler et à dire si quelque chose ne va pas. Bien souvent, ce n’est pas la personne qui nous pose problème, mais son comportement.

J’ai le sentiment que beaucoup d’hommes aimeraient qu’on leur dise s’ils franchissent la ligne jaune, mais ils voudraient aussi en être avertis les premiers. Oui, nous devons parler de ces problèmes ; mais nous devons aussi mesurer à quel point ce dialogue nous a fait défaut par le passé.


Corinne Purtill – Courrier International – Source (Extrait)