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Nous, les journalistes de France 2, prenons la parole pour tirer le signal d’alarme : l’information sur les chaînes du groupe est aujourd’hui menacée par un plan d’économies sans précédent. A France 2, une ligne rouge est sur le point d’être franchie : ce plan prévoit de liquider les rédactions de Complément d’enquête et Envoyé spécial, magazines emblématiques de la chaîne.

Ne nous y trompons pas : les économies réclamées aujourd’hui à la direction de l’information de France 2 sont d’une ampleur inédite. Elles touchent au cœur de la fabrique de l’information, l’ADN de notre chaîne et notre mission de service public. Depuis quelques mois, cette mission est gravement menacée. Au nom de la réduction massive des effectifs imposée par l’État, des dizaines de jeunes journalistes en CDD qui travaillaient pourtant depuis des années ont vu leur contrat s’arrêter du jour au lendemain.

Chaque jour, nous constatons que ces mesures d’économies ont des -conséquences directes sur ce que nous vous proposons à l’antenne : vos journaux sont grignotés de quelques minutes, nos bureaux en région sont menacés et ce sont les reportages que vous regardez qui perdent en qualité ou qui ne voient pas le jour.

Un reportage, c’est du temps pour enquêter, pour se déplacer sur le terrain, pour recueillir des témoignages, pour désamorcer des rumeurs et décrypter ces fausses informations (comme la rubrique  » L’œil du 20 heures « ), pour confronter les idées et les points de vue, raconter l’évolution de nos sociétés ou explorer la part d’ombre des pouvoirs politique et économique. Une information de qualité, c’est un investissement en hommes et en argent, car c’est un enjeu démocratique. La condition pour éclairer le choix des citoyens.

Aujourd’hui, l’une des pistes d’économies envisagées par la présidence de France Télévisions est de diminuer considérablement la fréquence des magazines emblématiques du service public, alors que le montant de votre redevance reste inchangé.

Sur Envoyé spécial et Complément d’enquête, vous avez pu voir des reportages et des enquêtes qui n’auraient -jamais être pu diffusés ailleurs : l’affaire Bygmalion, les révélations sur -Pénélope Fillon, un portrait de Brigitte Macron qui aurait déplu à l’Élysée, une enquête sur Vincent Bolloré qui vaut à son auteur trois procès de l’homme d’affaires, mais aussi le prestigieux prix Albert Londres…

Liberté et indépendance

Comme s’en est souvent vantée la -présidente de France Télévisions, -Delphine Ernotte elle-même, il n’y a que le service public pour avoir la liberté et l’indépendance de diffuser ces reportages  » poil à gratter « . De nombreux reportages ambitieux continuent également à être diffusés dans ces deux magazines, alors que tout le monde prétend qu’ils n’intéressent pas les téléspectateurs : le génocide des Rohingya, l’Erythrée (l’un des pays les plus hermétiques du monde), les esclaves en Libye, le Kompromat en Russie, les homosexuels persécutés en Tchétchénie… nous pourrions vous en citer des dizaines.

Toutes ces enquêtes, ces reportages à l’étranger, vous ne les verrez pas ailleurs. Nous, les journalistes de France 2, sommes bien conscients des mesures d’économies qui s’imposent au service public audiovisuel.

Les hôpitaux, les administrations, tous les services de l’Etat sont concernés. Mais nous pensons que sacrifier l’information au sein de France Télévisions est la pire des solutions. Le caractère brutal de ce projet est en contradiction avec l’ambition affichée à la rentrée : l’arrivée d’Anne-Sophie Lapix et de Thomas Sotto vient, avec Elise Lucet, renforcer la réputation de professionnalisme et d’indépendance de nos rendez-vous d’information.

Nous, les journalistes de France 2, en appelons à notre présidente, à l’Etat, mais surtout à vous, les téléspectateurs. L’information doit rester la priorité. Ce n’est pas uniquement notre affaire, c’est l’affaire de tous les citoyens.