Mots-clés

, , , , ,

Ce 10 novembre, derrière une banderole « Stop aux prières de rue illégales », une cinquantaine d’élus posent sur les marches de l’hôtel de ville de Clichy (Hauts-de-Seine).

L’invitation est signée du maire (Les Républicain -LR) de la ville. Pourquoi cette initiative du très peu placide Rémi Muzeau ? Depuis huit mois, plusieurs centaines de musulmans prient chaque semaine devant sa mairie, pour protester contre la fermeture d’une salle de prière et contre des promesses non tenues.

Le maire les a bien invités à aller faire leurs dévotions ailleurs, dans une autre salle, notamment, mais les fidèles ne veulent rien entendre : l’endroit en question est trop exigu et n’a rien d’une mosquée. Sans compter que ceux qui l’occupent d’ordinaire      « ne sont pas des Clichois » (sic). C’est ça, la préférence locale ?

Du côté du maire, c’est plutôt la préférence nationale.

Cette manif représentait surtout pour lui l’occasion d’inciter le ministre de l’Intérieur à venir faire la police dans sa ville. En rameutant le ban et l’arrière-ban, il s’est affiché aux côtés de grands élus — Valérie Pécresse en tête —, mais aussi de seconds couteaux du Front national tels Audrey Guibert, conseillère régionale, Laurent Salles, conseiller municipal à Suresnes, ou Mathilde Androuet, responsable lepéniste dans les Yvelines.

Muzeau est mal entouré : il y a encore deux mois, son conseiller spécial se nommait Tristan Antoine, un joyeux drille qui se poilait en faisant la quenelle (le geste antisémite de Dieudonné) devant l’affiche électorale du maire.

Dire qu’il y a deux ans, le 7 septembre 2015, ce dernier avait écrit à l’association musulmane de Clichy : « La construction d’une mosquée pour les musulmans clichois (…) est indispensable… Moi, Rémi Muzeau, j’atteste et je m’engage en tant que maire pour la construction d’un centre culturel et cultuel musulman », etc.

Vis-à-vis des promesses de Muzeau, mieux vaut ne pas être trop croyant…


Didier Hassaux – Le canard enchaîné du 15 nov. 2017


Vidéo du maire et son engagement : Lien   https://vid.me/Ga1l


  1. Quand est-ce que le conflit a-t-il débuté ?

Le conflit fait suite à la fermeture d’une salle de prière louée par la municipalité, dans laquelle « entre 3.000 et 5.000 fidèles » se réunissaient quotidiennement selon l’UAMC. L’association louait les locaux à la mairie depuis 2013, lorsque le socialiste Gilles Catoire était maire de Clichy. Il avait transformé ces locaux en lieu cultuel.

Le bail précaire signé avec la municipalité a expiré en juillet 2016. Rémi Muzeau, le maire actuel Les Républicains (LR), élu en 2015, a alors décidé de récupérer le local pour en faire une médiathèque.

Souhaitant racheter le local, l’UAMC a refusé de quitter les lieux, malgré une décision d’expulsion du tribunal administratif de Cergy-Pontoise d’août 2016, confirmée par le Conseil d’État en novembre 2016. Face au problème, la préfecture a sommé à la police de déloger l’association le 21 mars. Depuis, l’UAMC appelle à des prières de rue, tous les vendredis, devant la mairie de Clichy-la-Garenne, dans une rue importante de la commune.

Après presque 8 mois, le conflit juridique a pris une tournure politique. Une centaine d’élus, maires, parlementaires, conseillers municipaux, départementaux et régionaux LR, Union des démocrates et indépendants (UDI), MoDem et Front national (FN), se sont rassemblés vendredi 10 novembre à Clichy-la-Garenne dans un face à face avec les 200 croyants.

  1. Les croyants ont-ils le droit de prier dans la rue ?

Pour les maires et les parlementaires, cet acte est considéré comme illégal. Cependant, rien dans la loi n’interdit à des croyants de prier dans la rue. Il est précisé dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ».

L’interdiction réclamée par le maire de la ville doit par ailleurs être « strictement nécessaire au maintien de l’ordre public », a précisé la préfecture des Hauts-de-Seine. « Il ne suffit pas qu’il existe (…) une menace de trouble à l’ordre public susceptible de justifier la mesure de police, il faut que cette mesure soit appropriée, par sa nature et sa gravité, à l’importance de la menace », a-t-elle commenté.

  1. Quelles sont les solutions proposées par les élus ?

En mai 2016, Rémi Muzaeu avait mis à disposition des fidèles un centre cultuel et culturel rue des Trois-Pavillons, situé à 1,5 kilomètre du centre-ville de Clichy-la-Garenne. Ce lieu comporte notamment deux salles de prière qui peuvent chacune accueillir 700 personnes, selon une déclaration de Mohamed Bechari, qui dirige les associations de musulmans de la rue des Trois-Pavillons, au Parisien.

La mairie a admis également avoir proposé l’installation d’une salle de prière complémentaire sur un terrain municipal, « sans recevoir aucune réponse » de l’UAMC.

Cependant, les fidèles estiment que la mosquée proposée est trop éloignée et trop petite pour accueillir tout le monde. L’UAMC réclame un « terrain adapté avec option d’achat » pour pouvoir installer un lieu de culte durablement.


Source