Lui n’est pas à plaindre !

Hier au sommet, enfin voulant se hisser dans le sérail des fortunés en flouant au passage plusieurs entreprises et leurs employés, aujourd’hui perdant tel les arbres leurs feuilles, lui sa bâtisse financière, valeur boursière et actionnaires avec la même similitude d’un soufflé s’écroulant parce que mal cuit. MC

C’était il y a un an et demi. Patrick Drahi était alors au sommet de son art, aujourd’hui c’est 50 milliards que doit rembourser Altice aux banques.

[…] … Le groupe vient de renégocier sa dette. Les premières grosses échéances ne tomberont qu’à partir de 2021. Il n’y a donc pas de crise de solvabilité. Du moins pas encore. Mais quand on doit rembourser une telle somme à un taux de 6 %, soit 3 milliards par an, mieux vaut ne pas amuser le terrain.

Et puis, l’action n’en est pas à son premier effondrement. A l’automne 2015, Altice avait déjà perdu 40 % en trois mois. Contre la promesse de lever le pied sur les acquisitions, le milliardaire avait regagné la confiance des investisseurs. En juin 2017, il réussissait même à réaliser à Wall Street l’une des plus grosses introductions en Bourse de l’année, en levant 1,9 milliard de dollars.

Mais cette fois, le doute sur la méthode Drahi s’est installé. Celle-ci repose sur un exercice d’équilibrisme, qui consiste à racheter des sociétés en s’endettant massivement. A elles de dégager des bénéfices pour rembourser les créanciers. Mais, comme souvent, à force de se payer sur la bête, celle-ci finit par renâcler… et, parfois, par s’effondrer. […]

Pour calmer les inquiétudes, M. Drahi fait [une nouvelle fois] amende honorable en promettant de renoncer à de nouvelles acquisitions.  » Nous devons faire en sorte que le client soit content d’être chez nous « , jure-t-il aux investisseurs. Bon courage, alors que SFR s’apprête à supprimer un tiers de ses effectifs, tandis que, pour les deux autres tiers, la motivation n’est pas vraiment à son comble.

[…]  … [ce que les abonnés demandent] avant tout à un opérateur, c’est de fournir un réseau mobile et Internet qui fonctionne. Or, le milliard d’euros dépensé pour l’exclusivité de la retransmission de certains matches de foot, entre autres, sera autant de moins consacré à l’amélioration de la qualité du service. […]


Stéphane Lauer, Le Monde – Titre original « Altice aux abonnés absents », Source (Extrait)