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Cette façon de se compliquer l’existence, personne n’y échappe

Il y a celles (ceux) qui n’arrivent jamais à se décider et ceux qui ne savent pas dire non. Celles (ceux) qui ruminent sur le mauvais sort qui s’acharne et ceux qui préfèrent pro-crastiner en pensant que le destin les oubliera ou choisira pour eux…

Petites stratégies (ou lâchetés) qui finissent par nous pourrir la vie sans que l’on en ait forcément conscience.

Mais ça veut dire quoi, en somme, se gâcher la vie?

« Pour résumer, c’est s’obstiner en vain », (…) c’est comme pédaler avec les freins serrés.

Au quotidien, cela signifie une perte d’énergie considérable, car on s’acharne dans des modes de fonctionnement qui n’apportent pas ce que l’on souhaite.

C’est, par exemple, répéter sans arrêt les mêmes choses à quelqu’un, quelqu’une.

Dans les échanges les plus rependus entre femmes/hommes où hommes/femmes: « Je lui ai déjà demandé cent fois de ranger la chambre ou de ne pas téléphoner au volant. » Et plutôt que d’essayer de comprendre pourquoi les remarques restent sans effets, elle/il poursuivra sa ligne de conduite personnelle en restant sur « Il y a deux choses sur lesquelles elle/il aimerait avoir plus d’action et sur lesquelles chacune/chacun voudrait-aimerait changer les comportements des autres et la réalité objective. On s’escrime à vouloir changer l’autre parce qu’il constituerait un obstacle à notre bien-être et on s’évertue à changer les circonstances de la vie. Ce sont deux formes de résistance à nos désirs sur lesquelles on a peu de prise, malheureusement.

Mais d’où viendrait donc ce besoin systématique de se mettre des bâtons dans les roues?

Sommes-nous à ce point des enfants gâtés, incapables de saisir le bonheur quand il se présente, tant on attendrait un bonheur plus grand encore?

Dans une société qui charrie une infinité de possibles, l’insatisfaction chronique est une sorte de dommage collatéral. « Les jeunes adultes d’aujourd’hui ont beaucoup de difficultés à supporter la limitation de leurs désirs. Il faut dire qu’il y a un tel choix à l’étalage que c’est dur de résister à la boulimie. Alors on charge la barque jusqu’à plus soif. La manière de se gâcher la vie la plus fréquente aujourd’hui est peut-être de se surcharger l’existence. » Avec l’idée sans doute que, plus on charge, plus on maîtrise. « Notre société, aujourd’hui, nous berce de l’illusion du contrôle », estime un psychanalyste

Autrefois, nous nous référions à l’interdit pour agir (« Je ne fais pas cela car c’est interdit »), aujourd’hui nous nous référons à la maîtrise, la capacité, la performance (« Je ne fais pas cela car je n’en suis pas capable, je ne peux pas »). Or, n’oublions pas que « tout contrôle implique de renoncer à la jouissance à laquelle on ne peut accéder qu’en acceptant de perdre le contrôle. »

Eh oui ! le bonheur se conjugue à l’imparfait. Et nous aurions un peu trop tendance à l’oublier, obnubilés que nous sommes par la quête de la perfection : être des hommes et des femmes parfaits, des parents parfaits, donnant à nos enfants (parfaits) une éducation parfaite… « Se gâcher la vie, c’est aussi avoir un idéal du moi trop fort, c’est chercher la perfection partout et en tout. Parce que nos exigences sont trop élevées, c’est avoir l’impression que ce que l’on fait ne va jamais. »

Alors on culpabilise devant ses manquements, son incapacité, son impuissance. A se demander si l’on ne trouverait pas un plaisir un peu maso à se rendre la vie impossible.


D’après Émilie Dycke –L’express “Styles”– Titre original de l’article : «Si on arrêtait de se gâcher la vie ?» – Source