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Alors qu’Emmanuel Macron fait face à plusieurs contestations depuis juillet 2017, la sociologue spécialiste de la grande richesse Monique et Michel Pinçon-Charlot, auteurs de livres de référence sur la grande bourgeoisie, alerte sur la « régression sociale sans pareille qui est en marche ».

Les Inrocks, M. Dejean – Au regard des premiers mois de mandat d’Emmanuel Macron, persistez-vous à dire, en jugeant sur ses actes, qu’il conduit une politique au bénéfice des puissants ?

Monique Pinçon-Charlot – Oui, car alors que nous pensions et écrit que Nicolas Sarkozy était le « Le Président des riches » là on est passé un cran au-dessus. Emmanuel Macron et sa clique sont au service quasi-exclusif de l’oligarchie. […]

La promulgation des ordonnances […] montrent aussi qu’il veut « taper fort » sur tous les fronts :

  • contre la démocratie, avec ce processus intervenu en plein été court-circuitant le débat parlementaire, toutes negociations avec les syndicats et de fait les travailleurs,
  • en procédant au détricotage des droits sociaux qui va dans le sens quasi-exclusif des patrons, des actionnaires, des puissants et des riches.

Les Inrocks M. Dejean – Comment définiriez-vous le macronisme, s’il est un cran au-dessus du sarkozysme ?

Nicolas Sarkozy était le président des riches, Emmanuel Macron est lui le président maquillé. Au sens propre, puisqu’il est lourdement maquillé – ses frais de maquillage s’élèvent à 26.000 euros pour trois mois de mandat.

Mais aussi au sens figuré : il avance maquillé en permanence, avec une priorité donnée de façon constante à la communication et à l’image. Pour cela, il est très bien servi par ses camarades de classe du CAC 40, qui sont propriétaires de la plupart des grands médias, et qui lui offrent des couvertures par dizaines mettant en scène un homme souriant, jeune et bien dans sa peau.

Son maquillage lui a aussi permis de se faire passer pour un homme neuf, alors que c’est le poids lourd du quinquennat de Hollande. Enfin, on est aussi passé un cran au-dessus dans la mesure où il s’est permis de traiter les opposants à la loi travail de « fainéants, de cyniques et d’extrêmes » – dans la continuité de ses précédentes déclarations sur les ouvrières « illettrées » de Gad, ou sur le fait qu’il fallait travailler pour se « payer un costard ». C’est très grave dans la bouche d’un président de la République.

[…]

Les Inrocks M. Dejean – Des solidarités entre pauvres et classes moyennes précarisées sont-elles en train de se dessiner contre le gouvernement ?

Nos hypothèses de sociologues nous poussent à dire qu’il est possible que la solidarité prenne le pas sur les divisions de la gauche. Celles-ci sont d’ailleurs instrumentalisées par Macron, qui reçoit en cachette le président de FO et celui de la CFDT [selon une information du Canard enchaîné dans son édition du 6 septembre, ndlr]. Les divisions sont organisées au plus haut niveau. Il faut rappeler que les gens dont on parle ne représentent pas plus de 1% de la société, et que ce ne sont pas eux qui font fonctionner l’économie réelle.

Ce sont les travailleurs qui sont les vrais créateurs de richesse. On peut conclure là-dessus : les puissants ont complètement inversé la lutte de classe en leur faveur à partir de la refondation menée par le baron Ernest-Antoine Seillière lorsqu’il a pris la présidence du Medef en 1997. Il avait alors décrété que les riches, les propriétaires des entreprises, des journaux, des valeurs mobilières, des ressources agricoles, étaient les créateurs de richesses et d’emplois.

Par ce coup de force, dont on mesure encore les effets aujourd’hui, les ouvriers sont devenus des « coûts » et des « charges « .  C’est atroce. Alors qu’évidemment, les seuls créateurs de richesse sont ceux qui travaillent.

Mathieu Dejean – Les Inrocks – Titre original ; « Monique Pinçon-Charlot : « Emmanuel Macron synthétise complètement les intérêts de l’oligarchie » » – Source, lecture libre, (Extrait)