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Ben oui quoi, ça fait trois fois qu’étant sur le pas de ma porte, je dis bonjour à ma voisine qui passe hautaine, dédaigneuse devant la maison et se garde bien d’aucun mouvement-geste envers moi qui pourrait valoir assentiment, ne répond pas, en un mot m’ignore, allant même une fois, jusqu’à afficher sur son visage une expression réprobatrice envers ce « bonjour » … qui n’est pourtant que la moindre des politesses envers le voisinage.

Mais voilà, sans aucun doute la diffusion de tous « ces gens biens, toutes ses stars, obligées de coucher … »- sur le harcèlement portent a conséquence …

à quel moment serais-je placardé-dénoncé-classé comme harceleur sexuel (ou pas) pour avoir osé une politesse à l’encontre de ma voisine (en plus entre nous plus vieilles biques tu meurs !) … « rendez-vous compte chère voisine, ça fait trois fois qu’il cherche à me parler, avec tout ce qu’on entend, tout ce qu’on lit, tous ces reportages sur le harcèlement, oui j’vous dit pas, ça commence par une parole, pis, si vous y répondez, y’ssss crois l’droit d’vous coincer dans l’encoignure, se collent a vous chez les commerçants et voilà qu’ils prennent des libertés, baladent leurs mains et plus parfois, quelle honte, non mais, quel toupet. » Chacun ses divagations ….

Dans un autre genre, quoique …

L’autre jour j’ai dit à mon gendre « t’as une belle chemise, dis donc tu vas faire des malheurs auprès de la gente féminine », aussitôt je m’en suis voulu, me rappelant une discussion récente sur le harcèlement, qui nous avait divisé … Harcèlement qui n’était pas dans son explication, que sexuel, que moral, pas uniquement exercé que sur les femmes mais les z’hommes z’aussi (là j’étais d’accord et même cela m’a surpris qu’il inclus les hommes), et d’ajouter un dernier argument mais… je sais plus son dernier argument, j’ai un trou de mémoire …

…  ah oui, oral l’argument ! T

Tiens ORAL, c’est pas pareil que moral selon lui,  mais j’ai compris ensuite en écoutant sa précision … « harcèlement dans la façon de parler » – Oral quoi – Oral c’est pas pareil que moral, … ah bon ….

Toujours est-il que j’ai eu droit à un retour de « mon idiote remarque sur sa belle chemise neuve », « oui, et ce n’est pas vous qui l’avez payé » ….

Paf prends ça dans les dents … Je n’ai pas compris la réplique, quelle mouche l’a piqué, mais sa femme, ma fille, m’a dit dans un demi sourire plein de connivences « tu ne vois pas que tu le harcèle, là…. l’est trop content avec sa nouvelle chemise et son costard de cadre aisé … va pouvoir faire le beau et draguer la minette dans son entreprise ». Houai, j’ai bien compris la différence … ça c’est bien oral !. MC


Restons sérieux

Quand le viol n’est plus un crime

En France, de 60 à 80 % des affaires de viol poursuivies ne sont pas examinées par les cours d’assises, où sont jugés les crimes, mais par les tribunaux correctionnels, comme des délits. Une pratique nécessaire pour lutter contre l’encombrement des assises, selon le ministère de la justice. Mais qui n’est pas sans incidence pour les victimes et pour le traitement de la récidive.

En France, chaque année, 84.000 femmes et 14.000 hommes disent avoir été victimes de viol ou de tentative de viol dans les enquêtes de victimation (1). Pourtant, les cours d’assises ne prononcent qu’environ 1.500 condamnations pour ce crime défini par le code pénal comme « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise » et passible de quinze ans de prison (vingt ans si la victime a moins de 15 ans).

Ces chiffres traduisent les obstacles qui jalonnent le parcours d’une victime : pressions qu’exerce le violeur pour qu’elle se taise ; refus de la police d’enregistrer les plaintes sous des prétextes souvent illégaux, comme l’absence de certificat médical ou un mauvais lieu de dépôt, selon le Collectif féministe contre le viol (2). Les forces de l’ordre ne comptabilisent ainsi qu’environ 12.000 plaintes par an (3), dont deux tiers sont classées sans suite par le parquet (4).

Parmi les plaintes poursuivies, le renvoi des affaires criminelles de viol vers les tribunaux correctionnels — appelé « correctionnalisation » — constitue un phénomène mal connu au-delà des juristes et des associations d’aide aux victimes. La correctionnalisation prend plusieurs formes. Dans certains cas, le parquet ou le juge d’instruction peuvent juger manquer de preuves pour maintenir la qualification criminelle de viol. Plus discutables sont les affaires de viol dans lesquelles les faits sont établis, mais qui ne sont finalement traitées que comme un simple délit d’agression sexuelle. C’est le cas quand le ministère public correctionnalise ab initio, à l’issue d’une enquête préliminaire ou de flagrance de la police judiciaire, ou quand un juge correctionnalise « en opportunité » en fin d’instruction, avec l’accord de la victime.

Cette pratique concernerait 60 à 80 % des affaires de viol poursuivies, selon plusieurs juristes. En Seine-Saint-Denis, l’observatoire départemental des violences envers les femmes a constaté que 43 % des affaires d’agressions sexuelles jugées par le tribunal de Bobigny en 2013-2014 étaient en fait des viols correctionnalisés (5).


Sophie Boutboul –Journaliste – Le monde Diplomatique – Source (Extrait très partiel)


  1. Enquête « Cadre de vie et sécurité (CVS)», 2010-2015, Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) – Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP).
  2. Voir le site du Collectif féministe contre le viol.
  3. Selon le service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI).
  4. « Les viols dans la chaîne pénale » (PDF), observatoire régional de la délinquance et des contextes sociaux de Provence-Alpes-Côte d’Azur, rapport de recherche no 10, dirigé par Véronique Le Goaziou, décembre 2016.
  5. Bertille Bodineau, « Les viols et les agressions sexuelles jugés en 2013 et 2014 en cour d’assises et au tribunal correctionnel de Bobigny» (PDF), observatoire des violences envers les femmes du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis – tribunal de grande instance de Bobigny, mars 2016.