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[La présentation […] le 13 octobre, d’un « comité Action publique 2022 », est passé inaperçu parmi les nombreux comités que ce gouvernement ne cesse de créer, pourtant, […] c’est une nouvelle commission Attali qui est en train de se mettre en place.]

[Ce sont parfois les mêmes personnes, c’est en tout cas les mêmes idées uniquement destinées à la promotion d’un libéralisme financier international évoluant au-dessus des états et dictant leurs lois absolues].

Ce comité est chargé d’édicter une série de mesures sur la transformation des services publics. […]

Dans sa présentation, le gouvernement se veut très rassurant. Il s’agit « d’améliorer la qualité des services publics », « d’offrir aux agents publics un environnement de travail modernisé » et de mettre l’État à l’heure de la numérisation. Bien sûr, en faisant mieux pour moins cher et beaucoup moins de personnels ( notamment moins de titulaires) : la réforme doit permettre « d’accompagner la baisse des dépenses publiques », en permettant une réduction de trois points de la part de celles-ci dans le PIB d’ici à 2022.

Le gouvernement, [surtout sans donner des chiffres qui affoleraient la population, table toutefois sur une baisse de 57 % à 54 % – la part des dépenses publiques représentant entre 60 et 80 milliards d’€ d’économie.] … économies supportées essentiellement par les services publics, dans l’esprit du gouvernement.

La lettre de cadrage du premier ministre […] n’en fait en tout cas guère mystère. « Les objectifs ambitieux que nous nous sommes fixés en matière de réduction de la dépense publique impliquent de revoir profondément et durablement les missions de l’ensemble des acteurs publics », écrit-il en préambule. Dans ce cadre, le comité Action publique 2022 « sera chargé de produire un rapport identifiant des réformes structurelles et des économies significatives et durables sur l’ensemble du champ des administrations publiques. À cette fin, ce comité s’interrogera sur l’opportunité du maintien et le niveau de portage de chaque politique publique. Cela pourra notamment le conduire à proposer des transferts entre les différents niveaux de collectivités publiques, des transferts au secteur privé, voire des abandons de missions ».

Sans s’en cacher, l’État prépare donc bien son désengagement des services publics.

Compte tenu, en France, de l’importance [technique, sociale et financière de ceux-ci], du rôle essentiel dispensé auprès de la population, leur évolution aurait au moins mérité un large débat démocratique.

[Le pouvoir en choisissant d’en exclure les parties prenantes, préférant circonvenir ce comité entre gens de même compagnie et leur confier l’entière réflexion de l’évolution des services publics] […]. Aucun responsable de services publics et de la santé n’a été invité à y participer, pas plus que les syndicats ou les usagers. Aucune association n’a été conviée, pas plus que des représentants de l’Insee, des centres de sciences sociales ou de géographie, des responsables de l’aménagement du territoire. Des acteurs publics comme la Caisse des dépôts, les autorités de régulation ou de la concurrence, qui auraient peut-être pu partager leurs vues ou leurs expériences, ont été soigneusement tenus à l’écart. On ne retrouve aucune personne ayant des connaissances ou des expériences en matière d’environnement, de transports, de télécommunications, de réseaux, bref touchant à tous ces grands enjeux de transformation pour un État, à l’heure d’un changement inéluctable de modèle économique. Toutes ces expériences, ces voix ont été jugées inutiles. En lieu et place, il y a les experts.

[…] [Trois personnalités siégeaient déjà dans la commission Attali : Philippe Aghion, Jean Pisany-Ferry, Mathilde Lemoine. […]

[Emmanuel Macron appelle bon nombre d’acteurs du secteur privé à siéger] […] Ainsi Paul Duan, présenté comme un entrepreneur social, un « as » de la Silicon Valley, [s’étant déjà brillamment illustré en prétendant grâce à ses algorithmes foudroyants, faire baisser de 10% le chômage, logiciel resté en version béta inutilisable]. De même, Axel Dauchez […] chantre de l’ubérisation de l’économie […].

[Apparaissent dans cette commission six (sur 34) représentants politiques PS macroniste, LR constructifs ou LREM),] […]

Ensuite […] Le gouvernement a ainsi choisi comme président du comité Action publique 2022, Robert McInnes, président du conseil d’administration de Safran. [Voir le lien https://www.safran-group.com/fr]

[…] Il a d’abord été pendant plusieurs années membre du conseil de surveillance de la Générale de santé. Ce groupe privé de cliniques s’est fait une spécialité de développer tout un réseau de cliniques, en trustant les activités les plus lucratives remboursées par la Sécurité sociale (accouchements, opérations de l’appendicite, fractures), laissant aux hôpitaux le soin de traiter les maladies longues comme le diabète, le cancer. Il a été aussi vice-président de Macquarie Capital Europe (Lien 1 https://fr.wikipedia.org/wiki/Macquarie_Group, ou lien 2. https://www.societe.com/societe/macquarie-capital-europe-limited-478586167.html

Cette banque d’investissement australienne se développe depuis des années en rachetant toutes les infrastructures stratégiques et des pans entiers du domaine public qui lui assurent des rentes, voire des monopoles. Elle investit particulièrement dans les réseaux de gaz et d’électricité, les autoroutes, les ports et les aéroports, les concessions d’eau. En France, elle est, par exemple, actionnaire des autoroutes Rhin-Rhône, […]

[Outre Robert McInnes, Jean-François Cirelli, Stéphane Brimont. Guillaume Hannezo, Véronique Bédague-Hamilius, Sabine Baïetto-Beysson, etc . Chercher sur le net leurs activités et references professionnelles, vous serez certainement édifié  …]

[…] Néanmoins, la composition de ce comité est si […] caricaturale qu’elle donne la mesure de l’état d’esprit dans lequel toute cette prétendue concertation est faite. [D’autant que] Le comité Action publique 2022 doit remettre son rapport en mars 2018. Six mois à peine pour repenser le rôle de l’État et des services publics ! […]

Les vraies questions :

  • Que peut apporter de plus le privé dans ces projets ?
  • En quoi cela aide-t-il l’État ?
  • En quoi les services qu’il peut fournir sont-ils meilleurs et moins coûteux que ceux du public ?

Voilà des questions qui pourraient être posées mais qui ne le seront pas. Ce comité n’est là que pour recycler et légitimer, à la lumière de son « expertise », des mesures déjà écrites par l’institut Montaigne ou la commission Attali, [des bonnets blancs ou des blancs bonnets].

En voici quelques exemples :

  • diminuer la dépense publique de 20 milliards par an (Attali) ;
  • s’attaquer au mille-feuille administratif en supprimant les départements (Attali) ;
  • simplifier l’administration (Montaigne, Attali) ;
  • supprimer 120 000 postes de fonctionnaires en cinq ans (Attali) ;
  • établir un vrai dialogue avec le privé en lui permettant des co-gestions avec l’État (Attali) ;
  • abandonner des missions qui pourraient être facilement conduites par le privé (Attali) ;
  • externaliser des fonctions de l’administration comme les ressources humaines ou la gestion de l’immobilier au privé (Attali) ;
  • poursuivre la politique des partenariats public-privé (Montaigne, Attali) ;
  • imposer aux hôpitaux de revoir leurs activités, quitte à en abandonner certaines, voire à fermer des établissements (Montaigne) ;
  • favoriser les parcours santé par les mutuelles (Montaigne) ;
  • accroître l’attractivité du secteur hospitalier pour la clientèle étrangère fortunée (Attali) ;
  • renforcer l’attractivité des ports et des aéroports en les privatisant (Attali) ;
  • privatiser les TER (Montaigne) ;
  • fermer des gares (Montaigne) ;
  • faire payer le vrai prix des transports (Montaigne) ;
  • introduire des péages modulables selon les heures (Montaigne) ;
  • mener toute politique tambour battant [hors le cursus habituel] (Attali) !

S’il y avait encore quelques doutes sur les mesures que va préconiser ce comité Action publique 2022, le choix [des personnes composants cette commission voulu par le] président donne de larges indications : un champ libre au secteur privé.


Note et références : […textes en italiques et entre croches, supprimés ou reformulés par MC] Suivre le lien pour lire l’article original de  Martine Orange pour Médiapart –  Texte original – Source