Étiquettes

, , , , , , , ,

On se souvient peut-être d’un gros titre de Télérama qui, pendant la campagne présidentielle du printemps, avait retenu l’attention : « Et la culture, bordel ! », où l’hebdomadaire déplorait à juste titre la quasi absence de la question culturelle des débats et des programmes des candidats. Télérama fit preuve de beaucoup plus d’indulgence dans son édito du 4 octobre, gentiment titré « La culture épargnée »…

N’accablons pas l’hebdomadaire : il est victime comme tant d’autres d’une tentative d’enfumage assez rusée, qui passe notamment par le mode de présentation des chiffres. En effet la hausse modérée de + 0,7 % des crédits budgétaires de la « mission-culture » cache une baisse significative des crédits de l’audiovisuel public (- 0,9 %), et cela malgré la légère augmentation prévue de 1 € de la redevance. (« Contribution à l’audiovisuel public »).

D’autant plus que si on entre dans le détail, la faible hausse des « programmes culture » recèle bien des disparités :

  • le « patrimoine » est en stagnation (-0,1 %)
  • la « création » aussi (+ 0,3 %)
  • la « transmission des savoirs et démocratisation de la culture » (+ 5,2 %) est le seul à connaître une augmentation significative. au profit notamment de l’éducation artistique.

Notons toutefois que 61 postes seront supprimés au Ministère et dans les DRAC, ainsi que 65 chez les « opérateurs » (théâtres nationaux, musées, etc.), marginalisant encore un peu plus le facteur humain de la politique culturelle de l’état, réduisant ainsi sa capacité d’action et de soutien au mouvement artistique et culturel. En même temps l’État réduit ses dotations aux collectivités territoriales, principaux soutiens de la vie artistique et culturelle du pays : 13 milliards en moins sur 5 ans, soit 2,5 milliards par an, presque l’équivalent d’un budget annuel du ministère de la culture, rayé des comptes des communes des départements et des régions. Bonjour les dégâts culturels !

La « préservation » du budget est donc toute relative, et même carrément mensongère en regard de la baisse prévue des crédits de l’Audiovisuel public, puisqu’à l’exception d’Arte et de France Médias Monde, en très légère augmentation, c’est de 47 millions d’€ que les principales entreprises de l’audiovisuel public se verront amputées, en totale contradiction avec les contrats d’objectifs et de moyens conclus avec le gouvernement précédent, qui prévoyaient une hausse en 2018 de plus de 40 millions d’€ ! Continuité de l’État… C’est France-Télévision qui subira les coupes les plus fortes, de l’ordre de 1 % de son budget en moins.

Si l’on en croit les récentes déclarations de Delphine Ernotte, PDG de France Télévision, la masse salariale ne devrait pas s’en trouver affectée. Ce n’est pas ce que pensent les organisations syndicales de la télévision publique, qui estiment que plus d’un millier d’emplois seraient menacés, rien que pour 2018, qui viendraient s’ajouter au plan de suppression déjà en cours. À quoi s’ajouteront les coupes sur les programmes, sur la création audiovisuelle, sur les coproductions de films, de documentaires de création, les grands reportages… Et nous serons encore un peu plus saturés de talk-shows et de rediffusions… Le service public de l’audiovisuel se trouvera encore un peu plus désarmé face aux mastodontes de la télévision privée, pour le plus grand bonheur des Bouygues, Drahi et autres Bolloré !

Revient de plus en plus fréquemment dans le débat public la « nécessaire » augmentation de l’espace publicitaire, et même l’abrogation de son interdiction (à partir de janvier 2018) lors des émissions destinées aux enfants ! Mais qu’est-ce qui distinguera alors la télévision publique de la télévision privée ? Dans les deux cas ce sera la course à l’audience et la concurrence aggravées, et de faire rentrer le service public de la culture dans le rang du marché. Dans un même ordre d’idées l’instauration du « Pass-culture » de 500 € pour les jeunes de 18 ans est un exemple criant du passage d’une politique d’action culturelle à une politique de pure consommation…

Le moment est venu de redire avec force que dans un pays où la quasi-totalité des foyers disposent d’un accès à la télévision, qui pour des millions d’entre eux est le seul outil pour « s’informer, se distraire … voire … se cultiver », comme on disait au temps des grandes heures de la télévision française, il faut défendre l’audiovisuel public. C’est d’autant plus vrai qu’aujourd’hui, la création cinématographique dépendant largement du financement des chaînes de télévision, c’est un coup sévère qui est doublement porté à l’audiovisuel et à la création.


Source