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Rien, a priori, ne devait faire de 1929 une année noire. Dans le dernier discours sur l’état de l’Union qu’il prononça avant de quitter la Maison Blanche, le 4 décembre 1928, le président Calvin Coolidge avait déclaré aux membres du Congrès qu’ils pouvaient « considérer le présent avec satisfaction et l’avenir avec optimisme ».

Un mois plus tôt, le républicain Herbert Hoover avait remporté les élections présidentielles sur le même credo : « Avec la garantie que la paix va régner pendant de nombreuses années, le monde est sur le seuil d’une grande expansion commerciale. »

Il fut beaucoup reproché aux républicains Calvin Coolidge et Herbert Hoover de n’avoir pas vu venir la crise. John K. Galbraith, qui était pourtant de sensibilité démocrate, estimait injuste de les attaquer sur ce terrain. Au cours des années 1920, les Etats-Unis se sont en effet considérablement enrichis. Malgré quelques à-coups en 1924 et en 1927, la production industrielle s’est envolée. Un seul exemple : l’automobile. On en fabrique 4,3 millions en 1926 et 5,3 millions en 1929. En mai 1928, Paul Claudel, alors ambassadeur de France à Washington depuis quelques mois, se dit frappé par « la prospérité inouïe dont jouissent les Etats-Unis ».

Or la croissance entretient la confiance. Et celle-ci s’accompagne d’une véritable frénésie spéculative. […]

Automne noir à Wall Street

Courant septembre, cependant, le marché commence à s’essouffler. « L’envolée des cours était telle qu’un rien pouvait suffire à inverser la tendance. La faillite de Clarence Hatry, un homme d’affaires londonien à l’honnêteté douteuse, semble avoir joué un rôle déclenchant dans cette époque où la hausse se fragilisait à mesure qu’elle se confirmait », explique Bernard Gazier, professeur d’économie à la Sorbonne et auteur d’un « Que Sais-Je ? » sur La Crise de 1929 (PUF, 2007).

Tout bascule le 24 octobre.

Ce jeudi, six millions d’actions sont mises en vente. Du jamais vu. Tout au long de la matinée, les prix s’effondrent. La foule se presse autour de Wall Street. Selon un journaliste, on lit sur les regards « une espèce d’incrédulité horrifiée ». A midi, on compte déjà onze suicides de spéculateurs ruinés.

Au même moment, dans les locaux de la banque J.P. Morgan, en face de la Bourse, une réunion de crise est improvisée en présence d’une demi-douzaine de grands banquiers. Ils décident de soutenir le marché en rachetant massivement des titres stratégiques. L’effet est immédiat. A la fin de la journée, certaines actions sont même en hausse par rapport à la veille. Mais le sursaut n’est qu’éphémère. Le Jeudi noir a définitivement rompu la confiance. Les courtiers ne convainquent personne quand ils tentent d’expliquer à grand renfort de publicité que le moment n’a jamais été aussi favorable pour acheter en raison de la baisse des cours…

Lundi 28 octobre, neuf millions de titres sont vendus ; mardi 29, seize millions.

Cette fois, les banquiers n’interviennent pas. Plus rien ne peut enrayer le krach. Mi-novembre, l’indice Dow Jones a perdu 51 % de sa valeur depuis septembre. L’effondrement des cours se poursuivra, de façon presque linéaire, pendant plus de trois ans.

Le krach de 1929 est donc, avant tout, lié à l’éclatement d’une bulle spéculative.


 [Ce Krach de 29 a-t-il permit de « tirer » des leçons sur la « spéculation de l’argent, prêts à terme, or immobilier, actions », nous en douterons en voyant aujourd’hui banque et entreprises « jouer » les actions boursières plutôt que de recapitaliser les entreprises … c’est aussi pourquoi la politique souhaitée par Macron et son gouvernement a peu de chance de voir ce phénomène de relance de l’investissement dans les entreprises argument qui selon le locataire de l’Elysée devait assurer de resorber une (grande ?) partie des candidats et bénéficiaires de pôle emploi] MC


Source Le Monde –