Étiquettes

, , ,

En suivant, prenez connaissance de la simulation officielle réalisée par les services de l’état et diffusée publiquement par le gouvernement pour vanter sa réforme de l’impôt de solidarité sur la fortune.

Le gouvernement refuse de rendre public l’impact des mesures fiscales sur les 100 Français les plus riches, malgré l’appel des parlementaires de gauche. Les premières projections, accablantes, pourraient avoir un effet « déflagratoire » sur l’opinion.

[…] … Au moment où l’exécutif serre la ceinture du plus grand nombre, plus de 4,5 milliards d’euros vont être offerts aux plus fortunés, en remplaçant l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) par un impôt sur la fortune immobilière (IFI), en plus de créer un prélèvement forfaitaire unique (PFU) à 30 %. À qui profitera cette ristourne sans précédent ?

Cette question a été posée le 18 Oct 2017, en « une » de Libération, via l’appel « Impôts des riches, dites-nous la vérité ! ». Cent vingt parlementaires l’ont signé […] pour réclamer au gouvernement de rendre public l’impact de ces mesures pour les « 100 Français les plus riches », et l’ensemble des plus aisés.

Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, a d’ores et déjà refusé. « Il n’est pas question de remettre en cause le secret fiscal », a-t-il botté en touche, avant de lâcher : « Nous allons rendre 400 millions d’euros aux 1.000 premiers contributeurs à l’ISF. » Soit un tout petit peu plus que ce que l’État va prendre par an avec la baisse des APL…

S’il y a déjà de quoi comprendre que les plus démunis vont vider leurs poches pour les fortunés, Bruno Le Maire s’est bien gardé de préciser l’impact qu’auront ces mesures sur les 100 premières fortunes françaises. Et pour cause : les notes internes sur le sujet réalisées par la Direction de la législation fiscale (DLF) auraient « un effet déflagratoire sur l’opinion », si elles étaient publiées, estime un haut fonctionnaire de Bercy dans le Canard enchaîné.

[…]… Si aucune simulation n’a été réalisée pour les très hauts revenus, l’ambition globale d’Emmanuel Macron transpire déjà allègrement. Le gouvernement lui-même, dans des documents publics et officiels, vante l’exemple d’un contribuable ayant payé 108.690 euros d’ISF en 2017, et qui ne paiera plus rien au titre de l’IFI (voir document). « Nous défendons l’allégement massif de la fiscalité du capital. Je le revendique haut et fort. C’est la seule politique qui n’a pas été essayée en France », a insisté Bruno Le Maire.

La philosophie est simple : l’exécutif argumente qu’en donnant aux riches, les riches relanceront le pays. Les députés Modem, membres de la majorité, ont même annoncé vouloir rendre « à l’économie ce qui peut potentiellement y retourner ». « Il n’est pas du tout prouvé que cet argent reviendra, car, rien n’est prévu en cas contraire, s’indigne le député Jean-Paul Dufrègne. Le Cice, versé sans conditions aux entreprises, n’a créé que 100.000 emplois pour un coût de 20 milliards d’euros par an.

L’exécutif se moque du monde. Il offre des cadeaux sans garantie, gomme la progressivité de l’impôt avec le PFU, et s’attaque à la taxe sur les transactions financières pour récupérer les spéculateurs londoniens après le Brexit. »

L’Observatoire des inégalités a, lui, calculé qu’une personne « dont les revenus financiers annuels s’élèvent à 400 000 euros verra son impôt baisser de 96 000 euros en 2018 » avec le PFU. Et pour « 400 000 euros de revenus versés en dividendes, le gain serait de 60 000 euros ». Ce dispositif coûtera près de 2 milliards d’euros à l’État, soit deux fois le budget qu’il consacre à la jeunesse, à la vie associative et au sport.

« Les gains que nous dévoilons s’appliquent à une toute petite frange de la population, quelques dizaines de milliers, quelques centaines pour les plus grandes fortunes », précise l’Observatoire. À croire que, pour Macron, la relance de l’économie et l’avenir du pays tiennent vraiment dans les mains de quelques-uns : ces fameux premiers de cordée.

« Cette mesure est l’illustration de l’hypocrisie d’un discours qui met en avant la réussite personnelle par le travail et qui, en pratique, privilégie la rente. Qui taxe davantage le salaire que la spéculation boursière », déplore l’Observatoire. […]


Aurélien Soucheyre – Source (EXTRAIT)