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Sous le couvert de l’Académie des sciences morales et politiques, le patronat -Michel Pébereau, Denis Kessler, Yvon Gattaz, en tête-, ont effectuer une purge libérale des manuels scolaires d’économie.

Il n’est d’économie que libérale. On se souvient que la même académie, en 2008 déjà, flinguait les précédents programmes ainsi : « Il est difficile d’écarter l’hypothèse que cet enseignement, inadapté dans ses principes, et biaisé dans la présentation, soit néfaste. » De cette précédente réunion, nos académiciens avaient bâti une proposition de réforme des programmes mise en musique par le ministre sarkozyste Luc Chatel.

Les manuels d’aujourd’hui ont donc déjà subi plusieurs purges ces dernières années. Un économiste tout à fait normé comme Bernard Salanié en convient : « Je dois dire que j’ai été favorablement surpris. Les sources des articles retenus sont certes bien plus souvent Alternatives économiques que Le Figaro Économie, mais les extraits cités sont moins marqués en général qu’ils ne l’étaient il y a quelques années. »

Bref, la mise aux normes libérales est passée par là, mais ça ne fait pas encore le compte pour nos possédants. Comme le dit un des censeurs, « les programmes ont bien tenu compte des propositions des précédentes commissions mais jusqu’à un certain point ». Il y a encore trop de Marx, trop de Keynes, trop de critiques tout simplement. Des économistes BCBG, de préférence avec le label de l’université de Columbia, ont donc été invités à sabrer, symboliquement, dans ces textes.

Les critiques ont visé tout particulièrement les chapitres « Comment se forment les prix sur un marché » d’un manuel de seconde; les considérations « franchement caricaturales » sur la justice sociale et le marché du travail d’un livre de terminale ; les propos « souvent tendancieux » sur les politiques de relance ou sur le chômage keynésien.

Sur le chômage justement, un économiste d’Oxford s’agace : « On demande aux élèves si le chômage est dû à des coûts salariaux excessivement élevés ou à la faiblesse de la demande. Cela me semble renvoyer directement au paysage politique français ; poser la question en ces termes paraît extraordinairement partisan… ».


Gérard Streiff – Revue du projet N°66/67 (Extrait)