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C’est Yanis Varoufakis, l’ancien ministre des finances grec, règle ses comptes avec les créanciers de la Grèce. L’Allemagne est ciblée mais la France n’est pas épargnée.

  • Le Parisien: Votre récit donne l’impression que l’Eurogroupe – la réunion mensuelle des ministres des Finances de la zone euro – est une sorte de cabinet secret…

Yanis Varoufakis. L’Eurogroupe n’existe pas dans les traités européens. En l’absence de règles, il peut donc décider ce qu’il veut. D’autant qu’il n’existe aucune trace écrite de ses réunions. Un véritable scandale !

  • C’est un théâtre de dupes ?

Oui, car les ministres assis autour de la table ne sont pas les vrais décideurs. Quand j’ai dû me prononcer sur le budget de la France, personne ne m’a fourni d’information. De même, Michel Sapin, mon homologue français, n’avait aucun élément sur la Grèce. Nous étions dans le noir complet. De toute façon, les décisions avaient été préprogrammées par d’autres.

  • Vous avez rencontré des personnalités « fascinantes » et d’autres « banales » A quelle catégorie appartient Michel Sapin ?

Il n’a rien de fascinant. Mais c’est surtout un hypocrite.

  • Pourquoi ?

Lors de notre première rencontre, j’ai passé une heure et demi dans son bureau de Bercy. Nous étions comme des frères d’armes ! « Votre réussite sera celle de la France », m’a t-il lancé. Il semblait prêt à me prendre par le bras pour prendre la Bastille ! Mais, à la conférence de presse qui a suivi, j’ai eu l’impression d’entendre un autre homme. Comme si Schaüble (ndlr : le sévère ministre des Finances allemand), s’exprimait par sa bouche.

  • Vous le lui avez reproché ?

« Mais qui es-tu, qu’as-tu fait à mon Michel ? », lui ai-je demandé une fois la conférence terminée. « Yanis, tu dois comprendre que la France n’est plus ce qu’elle était », m’a t-il répondu. Ca expliquait tout.

  • Sapin et Hollande étaient soumis à Merkel ?

Ils étaient complètement à côté de la plaque. Plus tard, cela m’a beaucoup amusé quand j’ai entendu François Hollande prétendre qu’il avait sauvé la Grèce !

  • Christine Lagarde, la patronne du FMI, vous a davantage marqué ?

Lagarde, c’est une main de fer dans un gant de velours. A chaque discussion, elle semblait heureuse de me donner raison… tout en m’expliquant qu’il fallait que je respecte le programme de sortie de crise du FMI. Je ne serais pas surpris qu’elle ait eu des ambitions politiques en France à l’époque.

  • N’a-t-on pas plus de pouvoir à la tête du FMI qu’à l’Elysée ?

Non. Sauf si on s’appelle François Hollande, parce qu’il avait décidé de ne pas être le président de la France. Les Français méritent d’avoir comme président quelqu’un qui ressuscite l’esprit de De Gaulle, qui ait une ambition pour leur pays.

  • Macron est-il celui-là ?

Il peut l’être. Mais je n’ai aucune confiance dans sa capacité à y parvenir.

  • Pour quelle raison ?

Parce qu’il n’a encore rien fait alors qu’il doit vite affronter Angela Merkel et exiger un budget communautaire. Si l’Allemagne refuse, Macron doit pratiquer la politique de la chaise vide. Il y a urgence à œuvrer pour plus d’intégration européenne, car nous vivons dans une version post-moderne des années 30.

  • Macron a-t-il raison de supprimer l’ISF ?

C’est une énorme erreur. Cette réforme ne poussera pas les riches à investir dans les entreprises. Ils vont juste acheter plus d’appartements à Paris et faire grimper l’immobilier.

  • Comment va la Grèce aujourd’hui ?

Chaque jour est pire que le précédent. Les travailleurs souffrent et les diplômés s’exilent, aux Etats-Unis, au Canada, et même, croyez-le ou pas, au Bangladesh !


Matthieu Pelloli et Henri Vernet – Le Parisien du 12 octobre 2017 – Source (Extrait)