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(…) … cette orgie libérale à laquelle on assiste, cette folle farandole de réformes dans laquelle le chef de l’État veut entraîner le pays, en dit long sur Emmanuel Macron lui-même, sur les forces sociales dont il est le porte-drapeau et aussi sur la conception oligarchique, et pour tout dire assez peu démocratique, qu’il a de la vie publique. (…)

Une orgie sans précédent !

Si la gauche et la droite ont au fil des ans conduit des politiques économiques de plus en plus similaires, au point de se confondre, si le néolibéralisme est devenu progressivement le cap des deux camps, il reste que durant ces dernières années, on a souvent vu des gouvernements, de tous les bords, avancer à pas comptés. Pas seulement parce qu’ils avaient peur de la rue, mais aussi, parfois, parce qu’ils voulaient consulter le pays…

Que l’on se souvienne du gouvernement d’Alain Juppé. Il a suffi qu’il engage à l’hiver 1995 trois réformes en même temps – celle de la SNCF, celle des régimes spéciaux de retraite et celle de l’assurance maladie –, pour qu’aussitôt on lui fasse grief d’être « droit dans ses bottes », comme il l’avait lui-même dit, et de vouloir faire violence au pays, sans prendre le temps de l’écouter.

(…) … par contraste, on se rend bien compte qu’Emmanuel Macron n’a pas les prudences de ses prédécesseurs. Il va dans le même sens qu’eux, mais il veut aller beaucoup plus loin et beaucoup plus vite. Il veut tout faire, tout de suite, au pas de charge. Emmanuel Macron est un homme pressé ; et cela se voit dans chacune de ses actions. Que l’on observe, en effet, les réformes engagées depuis mai dernier, ou celles qui sont annoncées pour les mois prochains. Elles sont si nombreuses, et toutes politiquement si sensibles, qu’elles en donnent le tournis. (…).

(…) … Il y a eu aussi le budget, prévoyant une austérité à perte de vue. Il y a eu le quasi-démantèlement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), au profit des plus grandes fortunes. Au profit des mêmes ultra-riches, il y a encore le démantèlement de la fiscalité du capital, avec l’instauration d’une scandaleuse « flat tax ». Et ce n’est pas tout !

  • Pour les fonctionnaires, c’est un déluge d’inquiétantes mesures qui a été annoncé, avec la restauration d’un jour de carence, le gel des salaires, une possible disjonction des trois fonctions publiques et une simple compensation de la hausse de la CSG, mais sans qu’elle soit assortie d’une hausse des salaires, comme le candidat Macron l’avait pourtant promis pendant la campagne présidentielle.
  • Pour les plus modestes ou les étudiants, même régime austéritaire.
  • Malgré le tollé que cela a suscité, Emmanuel Macron est déterminé à mettre en œuvre la baisse drastique des Aides personnalisées au logement (APL) qu’il a annoncée.
  • Et puis, il y a encore la hausse de la CSG, qui va amputer le pouvoir d’achat des retraités, y compris certaines tranches de revenus parmi les plus modestes.

Et à tout cela il faut encore ajouter d’autres réformes.

  • Celle de la SNCF, qu’Emmanuel Macron a lui-même annoncée. Il faut aussi prendre en compte les privatisations qui vont venir, dont certaines,
  • celle de la Française des jeux, risquent d’être particulièrement sulfureuses.

Une seule doxa, dans la forteresse de Bercy, celle du néolibéralisme

  • Continuons encore ! Il y a eu, aussi, l’installation d’une commission pour réfléchir à la dérégulation du Smic, sous la houlette du réactionnaire Gilbert Cette, économiste à la Banque de France, (…).
  • Et, dans la foulée, le gouvernement a aussi annoncé qu’il entendait bloquer pendant deux ans sous le taux d’inflation le taux de rémunération du livret A, à un niveau qui est sans précédent depuis… 1816 !

En clair, même les chiffons rouges du débat public que sont depuis si longtemps l’ISF, le Smic ou le livret A, Emmanuel Macron les agite avec brutalité, alors que ces prédécesseurs n’osaient le faire, ou qu’avec d’infinies précautions…


Laurent Mauduit, Médiapar – Source (Extrait)