Mots-clefs

,

Après le vote sur l’indépendance organisée-souhaitée par la Catalogne et les incidents fomentés par le gouvernement Rajoy, les médias façonnent l’information selon leur orientation et attachement envers l’un ou l’autre des protagonistes … A vous de vous faire une opinion. MC

  • Pour Javier Cercas, « L’indépendantisme catalan est un populisme » dans Le Monde (Extrait)

Si le nationalisme catalan n’a presque jamais été violent, nous vivons bien en Catalogne des temps furieux. Le franquisme a évidemment infligé une blessure au sentiment national catalan, et une blessure que n’atténue en rien ni le fait que de nombreux Catalans étaient franquistes ni celui que les Catalans ne furent pas les seuls à se la voir infliger : le franquisme blessa la moitié de l’Espagne, quand il ne la tua pas. La blessure catalane est cependant incontestable : la langue catalane fut réprimée, la culture catalane humiliée et méprisée, les institutions catalanes abolies. En d’autres termes, le franquisme, hypertrophie monstrueuse du nationalisme espagnol, voulut en finir avec le nationalisme catalan. Arrogance et tyrannie Mais depuis les années 1950, certains Catalans blessés ont entrepris de construire en réponse au franquisme un discours sur la fierté d’être catalan, sur la dignité de la Catalogne, de sa langue, de sa culture et de ses institutions ; au lendemain du franquisme, non seulement ils ont réussi à rendre ce discours dominant, mais ils l’ont hissé jusqu’au pouvoir et à la Generalitat, cette institution qui, depuis 1980, dirige la très autonome région catalane qu’a instaurée la démocratie et qui a permis, notamment, de rendre leur dignité à la langue et à la culture catalanes. La bataille fut rude, noble et légitime, et menée par l’homme le plus décrié de Catalogne depuis qu’en 2014 il a déclaré, probablement pour protéger ses enfants de la justice, qu’il détenait depuis des décennies une fortune à l’étranger. Je parle de Jordi Pujol, président de la Generalitat de 1980 à 2003, qui reste certainement la figure politique catalane la plus déterminante du XXe siècle. Pendant plus de vingt ans de pouvoir incontesté, Jordi Pujol a largement œuvré pour rendre leur fierté aux Catalans. Le problème est que, aux mains de ses fils, qu’ils soient biologiques ou spirituels, cette fierté est devenue arrogance, quand elle ne confine pas à la tyrannie. La manifestation la plus flagrante de cette arrogance n’est autre que le fameux  » droit à décider « , qui est une aberration grammaticale (en espagnol, le verbe decidir étant transitif, on ne peut décider dans l’absolu, il faut décider  » quelque chose « ), et donc une aberration politique et morale, un droit inexistant, pourtant érigé en mantra par les indépendantistes catalans. Par ce  » droit à décider « , il faut comprendre que puisque, sous le franquisme, nous, les Catalans, n’avons pu décider de rien, nous allons maintenant décider de tout, y compris de ce qui touche les Espagnols dans leur ensemble

  • Pour Azihari Ferghane, « Et si la sécession de la Catalogne était une bonne nouvelle pour l’Europe? dans Slate.fr (Extrait)

Longtemps silencieux sur les tensions entre la Catalogne et l’Etat espagnol, le gouvernement français a fini par s’exprimer sur une situation à laquelle les chancelleries européennes ne pouvaient plus rester indifférentes. (…) Jean-Yves Le Drian, Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, jugeait mercredi 27 septembre que le référendum catalan «n’est pas la bonne solution» au moment où l’Europe cherche à se relancer. Nathalie Loiseau, Ministre chargée des Affaires européennes, (…) sur France Inter son soutien en faveur de l’unité de l’Espagne tout en soulevant l’illégalité du référendum d’auto-détermination.

Des prises de position unionistes pas vraiment surprenantes, (…)

Les États-nations européens semblent, depuis la deuxième moitié du XXème siècle, montrer une solidarité indéfectible quand il s’agit de lutter contre leurs régionalismes respectifs. Ces soutiens ne sont évidemment pas désintéressés. Les États européens puisent leur légitimité dans une idéologie commune, le nationalisme, qui s’est imposée tout au long du XIXème siècle de manière laborieuse. Selon cette idée, seule l’existence d’une nation indivisible justifie le monopole du pouvoir politique sur un territoire donné. (…) C’est pourquoi les gouvernements européens sont attentifs à ce qu’il se passe chez leurs voisins, inquiets de voir leurs propres séparatismes se galvaniser sous l’effet d’une «contagion» autonomiste. Si l’Union européenne se refuse officiellement à interférer avec ces revendications, elle ne ménage pas ses efforts, en pratique, pour les décourager.

  • Pour Cécile Thibaud, « Référendum en Catalogne : Madrid perd la bataille des images »  Dans Les Echos (Extrait)

Les électeurs sont venus tôt, ce dimanche matin du 1er octobre, pour participer au référendum d’autodétermination de la Catalogne convoqué unilatéralement par la Generalitat, le gouvernement régional, en dépit de l’avis de Madrid et de l’interdiction de la Cour constitutionnelle espagnole.

Nous voterons, scande la foule qui crie au sabotage. L’indignation grandit, alors que les réseaux sociaux annoncent l’intervention musclée des forces de l’ordre dans certaines écoles de Catalogne. Les vidéos circulent en boucle sur les téléphones, montrant des charges des forces de sécurité à l’entrée de bureaux de vote, des affrontements, des coups de matraque et des vieilles dames traînées hors des lieux pendant que des policiers réquisitionnent les urnes.

Quelque 5,3 millions d’électeurs catalans étaient appelés aux urnes dimanche, dans 6.249 bureaux de vote répartis à travers toute la Catalogne. L’enjeu ? Obtenir l’appui populaire pour amorcer un processus de sécession de la région, unilatéral s’il le faut, sans que l’on connaisse encore exactement ni le calendrier ni le déroulement de la procédure.

Jusqu’au bout, le gouvernement espagnol avait espéré pouvoir bloquer les préparatifs du vote. Les opérations policières s’étaient multipliées dans les derniers jours, avec la saisie de matériel informatique, de publicité électorale et bulletins de vote, ainsi que l’interpellation de l’équipe chargée de la logistique des opérations au sein de l’administration régionale. Cela n’a pas été suffisant pour éviter les images d’affrontements et d’urnes placées sous séquestre. « L’Etat espagnol est en train de prouver qu’il n’a que la force pour empêcher de voter », dénonçait hier le président régional, Carles Puigdemont. « Il n’y a pas eu de référendum d’autodétermination en Catalogne. L’Etat de droit reste en vigueur avec toute sa force », a déclaré Mariano Rajoy, lors d’une allocution télévisée dimanche soir.

  • Pour Jean Quatremer, « A Bruxelles, l’Europe embarrassée garde le silence » dans Libération (Extrait)

La capacité de l’Union européenne – que ce soit ses Etats membres ou ses institutions – à mettre la tête dans le sable est proprement sidérante. Cela fait un an que l’on sait qu’un référendum d’autodétermination sera organisé par les autorités catalanes et que le pouvoir central madrilène le jugera inconstitutionnel. De quoi laisser augurer des lendemains inquiétants pour la paix civile. Pourtant, l’Europe a regardé les deux trains foncer l’un vers l’autre en refusant d’intervenir.

Certes, l’Union a déjà montré son impressionnante incapacité à anticiper, comme dans la crise ukrainienne. Elle avait alors refusé de voir le danger qu’il y avait à titiller Moscou dans ce qu’elle considère comme son jardin. Mais la réalité est bien plus triviale dans le cas espagnol. Mariano Rajoy est, comme tous les membres du PPE (le parti conservateur européen), un protégé de la chancelière allemande. Et l’on sait à quel point Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, lui-même membre du PPE, est à l’écoute de Berlin. Tant qu’il ne franchira pas la ligne rouge du premier sang, l’Europe des Etats détournera le regard.

  • Pour Jean-Christophe Ploquin, « Catalogne, dans le mur » dans La Croix (Extrait)

Les dirigeants catalans et espagnols courent tout droit vers un mur. Il est temps que des négociateurs modérés et des médiateurs avisés prennent le dossier en charge. L’Espagne et la Catalogne n’en manquent pas. Les Catalans doivent prendre conscience que la surenchère des sécessionnistes confine à l’absurde. Leur unilatéralisme est une forme de violence politique qui provoque mécaniquement une réaction des autorités centrales.

Le peuple catalan peut sans doute invoquer le droit à l’autodétermination. Mais, rien ne l’y oblige et il ne subit aucune oppression au sein d’une Espagne totalement démocratique, où les droits de l’homme et tous les droits fondamentaux sont bien évidemment respectés.

  • Pour Thomas Lemahieu «   Face à la répression de Rajoy, les Catalans exigent un vrai dialogue politique » dans l’Humanité (Extrait)

Montse écrase une larme au coin de son œil droit. Devant l’école Pia Sant Antoni, à l’en-trée du quartier populaire du Raval, dans la vieille ville de Barcelone, cette femme de 46 ans n’en revient pas. Ce dimanche, elle vient de voter lors du « référendum d’autodétermination de Catalogne 2017 », selon le nom o ciel donné par les partis indépendantistes catalans qui, à la majorité simple et étriquée du Parlement catalan, ont organisé́ cette consultation décrétée illégale et inconstitutionnelle par les autorités espagnoles.

À la question « Voulez-vous que la Catalogne devienne un État indépendant sous la forme d’une république ? », elle a répondu oui. Avec enthousiasme, et émotion aussi. «Vous savez, ce n’est pas du nationalisme crétin, avance cette infirmière, Je me sens d’abord citoyenne du monde, ce quartier accueille des gens qui viennent de partout et c’est ce qui le rend encore plus cher à mon cœur. Donc mon vote n’a rien à voir avec de la fermeture ou de l’égoïsme patriotique. Au contraire: c’est précisément ceux qui veulent nous faire taire, le gouvernement de l’État espagnol, qui préten- dent nous empêcher de développer les droits sociaux, les libertés et la solidarité là où nous vivons.»