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Le Figaro. – Comment analysez-vous la crise actuelle entre les territoires et le gouvernement ?

François Baroin. – Au départ, il y avait une bonne intention, (…) … [d’]avoir une instance de dialogue, une conférence nationale des territoires.

L’Association des Maires de France (AMF) portait cette idée depuis de nombreuses années. [Le jour d’ouverture nous fût assené un] refroidissement puisque (…) nous sommes passés de 10 milliards d’euros d’efforts demandés – ce qui n’était déjà pas tenable – à 13 milliards d’euros. Soit 30 % d’augmentation sans la moindre concertation.

Dès le lendemain de la conférence, il y a eu en plus le surgel sur les dotations et son impact direct sur le milieu rural. Enfin, l’affaire des emplois aidés pose un problème de méthode. Sans prévenir personne, le gouvernement a annoncé une diminution de ces contrats aidés, imposés par le gouvernement précédent. L’exécutif a commis la faute de ne pas organiser un collectif budgétaire au mois de juillet. Nous sommes alors passés de la confiance à la défiance.

Et maintenant, d’autres nuages s’annoncent comme un ouragan Irma sur les relations entre l’État et les collectivités : la suppression de la taxe d’habitation, les 13 milliards d’économies à réaliser en quatre ans au lieu de cinq… (…)

Pourquoi la contractualisation voulue par le gouvernement pour amener les collectivités territoriales à modérer la hausse de leurs dépenses vous inquiète-t-elle ?

Parce qu’elle est une remise en cause complète de la décentralisation. (…)

Jusqu’où ces tensions peuvent-elles aller ?

Avec l’explosion du système des logements sociaux, nous sommes au début d’une très grande crise entre l’État – qui n’a plus les moyens d’assumer ou d’imposer ce type de vues – et des partenaires territoriaux totalement étranglés. Le gouvernement doit accepter de mesurer le désastre qui s’annonce pour les bailleurs sociaux. Il n’y aura plus d’investissements. On prévoit déjà la disparition de milliers d’emplois dans le bâtiment. L’État n’atteindra pas ses objectifs de production de logements sociaux et, en un an d’exercice, il mettra en difficulté au moins une centaine de bailleurs. Les collectivités territoriales pourraient être appelées à la rescousse puisque ce sont elles qui assument les garanties d’emprunts. Cela peut même faire sauter la Caisse des dépôts, dans tous les sens du terme !

Le président de la République doit prendre la mesure du tsunami qu’il est en train de susciter. Il y a urgence.

(…)


Propos recueillis par E. G. –Titre original « François Baroin : « Maintenant, l’alerte est solennelle ! » – Le Figaro, Source (Extrait)