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La réponse aux situations de perte d’autonomie que vivent des millions de personnes dans notre pays est un enjeu de société important. Les réponses apportées par les gouvernements successifs se limitent aux personnes âgées et au vieillissement.

Partant des insuffisances actuelles de la prise en charge qui ne sont pas acceptables, voilà un projet qui s’appuie sur un socle solidaire, avec une Sécurité sociale renforcée dans ses prérogatives et la proposition de développer un service public du service à la personne. C’est la complémentarité des deux qui doit permettre la mise en œuvre d’une autonomisation de la personne dans le respect de sa dignité et de sa citoyenneté.

Le fil conducteur des propositions pour les personnes en perte d’autonomie, c’est de mettre l’humain au centre de la réponse à leurs besoins, quels que soient leur situation ou leurs âges.

Dans le prolongement du dossier sur les retraites, celui de la perte d’autonomie vise, pour le pouvoir, à poursuivre l’empreinte néo-libérale sur la protection sociale avec un recul de la solidarité mais aussi une diminution du financement public pour laisser une plus grande place au secteur financier et à la privatisation.

Un enjeu de société a inscrire dans un nouveau projet de civilisation

L’autonomie de la personne est un objectif social central de nos sociétés développées. Il s’inscrit dans le cadre de la solidarité et vise l’objectif d’hommes et de femmes libres et égaux en société, capables de se choisir individuellement et collectivement un avenir respectueux de la dignité de chacun, suivant les principes de la Sécurité sociale de 1946, tout en les renouvelant et les réformant en profondeur, avec la prise en charge de ce nouveau besoin qu’est la perte d’autonomie. Nous prenons le concept de perte d’autonomie en lieu et place de celui de dépendance, car il est fondamentalement porteur de solidarité, à l’opposé de l’individualisme.

La perte d’autonomie n’est en rien un risque en soi, ce qui explique notre rejet de l’assurantiel, mais un état qui justifie la mise en œuvre de moyens et d’expertises divers pour assurer à un individu la poursuite de son existence dans la dignité.

La perte d’autonomie totale ou partielle renvoie à trois situations distinctes :

  1. grand âge,
  2. handicap
  3. invalidité,

Donc trois populations distinctes même si une personne peut passer d’une situation à une autre. Elle est traitée de trois manières :

  1. prise en charge médicale et médicosociale,
  2. prestation/indemnisation de compensation
  3. politique d’ordre sociétal

Avec trois acteurs principaux:

  1. les organismes sociaux,
  2. les collectivités locales et leurs services publics,
  3. les acteurs privés (assurantiels et médicosociaux).

Le processus d’autonomisation vise à se libérer d’un état de sujétion, à acquérir la capacité d’user de la plénitude de ses droits, de s’affranchir d’une dépendance d’ordre social, moral ou intellectue1. Il ne s’agit pas seulement d’indemniser les personnes ou d’accompagner leur trajectoire de vie, mais de créer les conditions économiques et sociales de leur autonomisation tout au long de leur vie. Cela implique de se donner les moyens d’intervenir sur les conditions d’emploi et de travail, sur les conditions de la recherche médicale et de la prise en charge médicale et médicosociale, sur les politiques nationales et locales d’urbanisme et de transport, etc.

Un accompagnement des aidants (souvent des aidantes) est légitime. La volonté de privilégier le maintien à domicile accompagné et assisté, comme alternative volontaire, est complémentaire de la nécessité d’assurer une bonne couverture territoriale qui nécessite un développement sans précédent du nombre d’établissements publics pour personnes en perte d’autonomie.

Il s’agit également de garantir l’accès aux services spécialisés médicaux. Le maillage du territoire par le service public hospitalier est aussi un gage d’égalité en matière de réponse aux besoins. Il faut augmenter le taux d’encadrement en personnel qualifié des structures publiques pour arriver à un ratio d’au moins un personnel par personne accueillie.


Claude Chavrot LA REVUE DU PROJET (Extrait)