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Laurent Wauquiez, 42 ans, a annoncé sa candidature à la présidence du parti Les Républicains (LR) :  » Je veux faire renaître l’espoir à droite « , déclare-t-il au Figaro. (…)  Depuis 2014, M. Wauquiez se prépare à cette campagne.

Dans cette droite en lambeaux, une voie royale s’est ouverte devant lui. Toute une génération de leaders a sombré lors de l’élection présidentielle et ses principaux adversaires (Valérie Pécresse, -Xavier Bertrand) ont renoncé. Vue l’immense popularité de leur candidat auprès des militants, ses soutiens décrivent déjà l’élection comme une promenade de santé.

Mais sa victoire placerait la droite dans une situation paradoxale. Car s’il est adoubé par la base, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes est depuis longtemps l’homme le plus haï par une grande partie des dirigeants du parti.

Fracture politique D’abord pour des raisons politiques : sa ligne fait office de repoussoir pour l’aile modérée. Depuis 2011 et ses premières déclarations sur le  » cancer  » de l’assistanat, M. Wauquiez enfourche les thématiques chères à la droite dure : l’euroscepticisme, les racines chrétiennes,  » l’islamisation  » de la France… Arpentant la frontière avec le FN, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a fini de se fâcher avec la droite centriste dans l’entre-deux-tours de la présidentielle.

(…) Aujourd’hui, M. Wauquiez permet aux  » constructifs  » de justifier leur éloignement.  » Au bout de deux heures de débat de Macron, j’ai du mal à voir ce qui nous éloigne. Au bout de cinq minutes d’un meeting de Wauquiez, j’ai envie de sortir de la salle « , confie Thierry Solère, député Les Constructifs des Hauts-de-Seine.

Tout l’été, Alain Juppé, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand l’ont mis en garde contre sa dérive droitière. Laurent Wauquiez n’en a cure. Mais cette fracture politique n’explique pas tout. Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé avaient eux aussi flirté avec la droite extrême pour charmer le noyau dur du parti. S’ils avaient des ennemis, ils ont toujours -conservé de très nombreux fidèles parmi les hiérarques.

A force de vouloir grimper vite, M. Wauquiez s’est, lui, retrouvé seul. Elu député en 2004 à 29 ans, il est nommé porte-parole du gouvernement en 2007. Sa soif d’exister va écœurer la nouvelle cour sarkozyste, pourtant remplie d’ambitieux. La plupart usent des codes du marketing. Lui en abuse sans pudeur.

Lors des meetings, il bouscule les élus pour se placer sur le premier rang des photos. Et se façonne une image plus populaire. Il s’adjoint les services d’un coach vocal, retrouve son accent de Haute-Loire, élude les questions sur ses multiples diplômes, déambule avec une parka rouge qui le distingue.  » Il se trouve que ma femme aime le rouge « , se justifie-t-il en 2009 dans un post Facebook.

Et, avant d’arborer une chevelure grise naturelle, il se teint en poivre et sel pour apparaître plus expérimenté que certains jeunes loups sarkozystes.  » (…)

A entendre certains de ses proches, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes aurait appris de ses erreurs de jeunesse.  » Oui, il a eu un côté “Pousse-toi de là que je m’y mette.” Mais lui déteste très peu de personnes. En se replaçant dans le sillage de Nicolas Sarkozy, il a pu prendre le temps de parler avec les élus « , explique un membre de son équipe. Enrichir son réseau En 2014, Laurent Wauquiez soutient le retour de Nicolas Sarkozy, gagne sa région en s’alliant avec les centristes et tente patiemment de rattraper son retard.

Tous les trimestres, il invite des élus à écouter des personnalités telles que Michèle Tribalat, une démographe dont les travaux sont appréciés de l’extrême droite, François-Xavier Bellamy, un professeur de philosophie proche de La Manif pour tous, mais aussi l’historien et philosophe Marcel Gauchet. Toutes les deux semaines, il réunit aussi sa garde rapprochée d’élus, une quinzaine de personnes au total dont les députés européens Brice Hortefeux et Philippe Juvin, et les anciens -députés du Rhône, battus en juin, Philippe Meunier et Philippe Cochet. Ses soutiens affichés récemment, tels les députés Eric Ciotti (Alpes-Maritimes) et Guillaume Larrivé (Yonne), sont eux aussi issus du sarkozysme et de l’aile droitière. (…)


Matthieu Goar, Le Monde Titre original « Wauquiez, adulé par la base, haï par ses pairs » (Extrait) Source http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/09/01/presidence-des-republicains-laurent-wauquiez-le-favori-mal-aime-se-lance-dans-la-course_5179344_823448.html