Mots-clefs

Bien évidemment un titre à prendre au X éme degré.

Question à Patrick Artus (économiste). Dans une noté publiée ce 18 août et intitulée « Could there be an « employee revolt »? » (Pourrait-il y avoir une révolte des employés ?), vous semblez avertir les investisseurs d’un risque d’une telle révolte, notamment au regard des conséquences qu’elle pourrait avoir sur les détenteurs d’obligation et les emprunteurs, mais encore les entreprises et les gouvernements, mais pas pour les ménages. Comment expliquez-vous cette asymétrie des conséquences d’une telle révolte ?

Patrick Artus : Supposons que pour corriger le pouvoir d’achat, les salaires augmentent vraiment, les conséquences seraient assez claires :

  1. La première serait un recul des profits des entreprises qui entrainerait un recul du marché des actions.
  2. La seconde serait la réaction des entreprises qui pour compenser les hausses de salaire augmenteraient leurs prix, ce qui conduirait à l’inflation, et provoquerait une politique monétaire plus restrictive.

La problématique réside avant tout dans le fait de savoir si une configuration existe pour permettre une augmentation importante des salaires pour compenser ce qu’il s’est passé dans des pays en matière de partage des revenus depuis deux décennies.

Question : Quelles sont, pour vous, les ferments d’une telle révolte ? Vous évoquez dans votre note la progression du taux de pauvreté, la distorsion dans la répartition des revenus, les inégalités etc…Quelles sont les causes de cette situation ?

Patrick Artus : Le partage des revenus a été défavorable aux salariés aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Espagne, en Allemagne, au Japon… La France et l’Italie sont donc deux cas particuliers où les salariés ont maintenu et même augmenté leur part dans le revenu national. Il y règne tout de même un sentiment d’appauvrissement, mais cela ne découle pas du partage des revenus.

Un des phénomènes majeurs expliquant cela est la forte hausse des prix de l’immobilier. La partie du revenu consacrée au logement a beaucoup augmenté et cela créé un sentiment de pauvreté. [– Ben voyons les financiers qui se goinfrent de bénéfices, de parachutes dorés, du marché financier ce ne sont pas eux les fautifs du manque de pouvoir d’achat des salariés ce sont les possédants d’immobilier ! – MC]

Question : Vous publiez cette note dans un moment particulier, c’est à dire quelques jours avant la présentation de la loi travail souhaitée par le nouvel exécutif français. S’agit-il pour vous d’alerter l’exécutif sur le potentiel contestataire actuel ?

Patrick Artus: Depuis vingt ans en France les salaires ont augmenté plus vite que la productivité. On peut attirer l’attention sur plein de choses dangereuses en France. Sur la hausse bien plus rapide de l’immobilier que celle des salaires, sur les nouveaux emplois, des emplois de service mal payés ne nécessitant pas de grosses qualifications, sur le système de formation professionnelle qui ne prépare au retour à l’emploi… Beaucoup de choses amènent ce mécontentement social en France, mais pas le partage des revenus. S’il n’y a pas eu de hausse du pouvoir d’achat c’est aussi parce que les gains de productivité sont faibles.

[Merci M Patrick Artus, je comprends enfin pourquoi j’ai de plus en plus de mal à boucler mes fins de mois. – MC]


Atlantico – Patrick Artus – (Extrait) source